
Le Bad Bonn accueillait Televisionmind et Upchuck mercredi dernier. La salle, située aux abords de Fribourg, à Düdingen, est un croisement inattendu entre un bar et une halte routière, donnant naissance à une scène comme nulle autre.
Bad Bonn existe depuis près de trente ans et accueille chaque mois de septembre le Bad Bonn Kilbi, un festival open air, tout en programmant une large variété d’artistes tout au long de l’année. La soirée s’est ouverte avec Televisionmind, un jeune quatuor prometteur venu tout droit de Berne, mêlant chant doux et influences indie rock et post-punk bien marquées. Leur nouvel album Skin-Deep sortira en janvier.
Un contraste intéressant avec ce qui allait suivre, tout droit venu des États-Unis…
Upchuck, entre rage et frénésie
S’il y a bien un groupe à voir en personne, c’est Upchuck : brut, rapide, enragé et dégoulinant de sueur. Entre langage corporel et énergie fiévreuse, quelque chose se perd inévitablement lorsqu’on les écoute chez soi en faisant nos impôts. En août 2024, ils devaient jouer au festival Nox Orae à La Tour-de-Peilz. Malheureusement, à cause de complications météorologiques, leur vol a été annulé. L’attente aura bien valu la peine !

Upchuck ouvre le set avec des morceaux tirés de leur dernier album I’m Nice Now, sorti début octobre. Dans la lignée de leurs deux précédents disques, il est également produit par Ty Segall, mais cette fois-ci signé chez le fameux label Domino Records.
Le groupe est composé de cinq membres : Kalia “KT” Thompson au chant principal, le batteur Chris Salado (qui prend aussi le lead vocal sur certains morceaux), Michael “Mikey” Durham et Alex “Hoff” Hoffman aux guitares, et enfin Armando Arrieta à la basse. Issu de la scène d’Atlanta, le groupe s’est formé dans des espaces partagés comme les skateparks ou les chantiers, avant que TK ne rejoigne l’aventure.
Des morceaux enragés, appelant à l’action
Leur musique est un mélange déchaîné de garage-punk et de hardcore, avec un rythme flirtant parfois avec l’eggpunk, le tout enveloppé d’un joli fuzz. Les paroles sont crues et politisées, nourries par la frustration face au climat politique actuel et aux violences policières et racisées. Malgré ces thématiques lourdes, les morceaux n’ont rien de défaitiste : ils sont au contraire enragés, appelant au changement et à l’action.
Chez KT, l’adage « la mitochondrie est la centrale énergétique de la cellule » prend soudain une dimension très concrète. Ses gestes brusques et puissants, sa voix et sa présence irradiante, surtout dans une salle aussi intime, donnent lieu à une performance chargée d’intensité.

L’espace est réduit et ses paroles incendiaires propagent leurs flammes dans la foule, déclenchant une frénésie générale. Malgré le peu de place, les gens se bousculent, dansent, et KT se jette dans le pogo, transformant la salle en un tourbillon compact.
Chris Salado prend le relais au chant principal sur quelques titres, notamment Un Momento tiré du dernier album, et Hierba Mala issu de Bite The Hand That Feeds, le tout chanté en espagnol avec une ferveur égale à celle de KT. Le rythme ne cesse de s’accélérer.
Avec Upchuck, le concert devient une sorte d’exorcisme cathartique où nos frustrations se consument dans l’énergie du live.





