Calvin Love © Amdophoto – Antigel

Mercredi soir, c’est dans une maison de quartier à Onex, à la lisière de la ville, qu’Antigel a posé ses valises. Un lieu presque en dehors du temps, parfait écrin pour les deux groupes canadiens en tournée commune ce soir-là.


 La Villa Tacchini, le temps de quelques heures, s’est métamorphosée en bar de bord de route, en espace liminal entre rêve et réalité, baigné de lumières chaudes et d’ombres profondes. Et la soirée débute avec le one-man show de Calvin Love. Seul en scène, il livre une performance aussi authentique qu’étrangement cosmique.

Calvin Love, crooner interstellaire aux lumières rouges

 Originaire d’Edmonton, prolifique auteur-compositeur, Calvin Love nous présente des morceaux de son septième album, tout juste sorti début février, Through My Shadow To The Sun. Parmi eux, Playback résonne particulièrement. Il croone des ballades d’amour et de désillusion, traversées d’influences pop et rock des années 80. On pense à Dire Straits, à The Police, avec une légère touche de David Bowie. 

Une figure mystérieuse de pop star eighties, quelque part entre vagabond interstellaire et cowboy de l’espace. Sa voix, un ténor légèrement voilé, oscille entre douceur et grain soul.

© Amdophoto – Antigel

La salle se remplit doucement. Peut-être parce que nous sommes un mercredi soir, le public semble un peu réservé, presque somnolent dans ses réactions. Love accueille cette retenue avec élégance, évoquant son nouvel album avec simplicité et humour discret.

Sur scène, sa présence est magnétique. Mouvements lents et hypnotiques, déhanchés maîtrisés, guitare en bandoulière. Des mélodies préenregistrées, notamment un saxophone groovy, viennent enrichir l’espace sonore, pendant qu’il coordonne chant, jeu de guitare et chorégraphies avec une concentration totale. Il est entièrement immergé dans sa performance. L’ensemble est sombre, ténébreux, baigné de rouge, une esthétique qui renforce cette atmosphère de dive bar hors du monde.

Un moment à la fois intime et théâtral.

© Amdophoto – Antigel

Ghostwoman, entre Americana brumeuse et tension électrique 

Puis vient Ghostwoman, projet fondé il y a une dizaine d’années par le chanteur et guitariste canadien Evan Uschenko, rejoint ensuite par le batteur belge Ille Van Dessel. Le duo propose une forme d’americana lente et granuleuse, portée par une guitare électrique rêche et enveloppante.

Uschenko murmure presque ses paroles dans le micro, étirant les lignes vocales avec nonchalance, tandis que Van Dessel sculpte le tempo avec une batterie sèche et précise. La salle est remplie à craquer et le public oscille doucement, comme porté par une brise.

Calvin Love © Amdophoto – Antigel

L’écoute du groupe canadien évoque une route poussiéreuse au crépuscule, une errance hypnotique entre rock psychédélique minimaliste et blues lo-fi. Les morceaux, tels que From Now On, avancent avec lenteur, mais jamais sans tension. Ils interprètent également des titres de leur dernier album, Welcome to the Civilized World, confirmant une identité sonore brute, volontairement dépouillée.

Après le cosmique solitaire de Calvin Love, Ghostwoman ancre la soirée dans une matière plus terrestre, plus rugueuse. Deux propositions différentes, mais une même cohérence, celle d’un rock habité, sincère, loin des artifices.