
Anna von Hausswolff arrive à Genève précédée d’une aura de scandale qui dépasse sa musique. Entre concerts annulés et réputation d’artiste blasphématoire: va-t-on assister à une performance anarchiste ou à une nouvelle polémique à Antigel ?
Depuis plusieurs années, certains concerts d’Anna von Hausswolff sont annulés sous la pression de groupes qui projettent sur sa musique une symbolique religieuse ou sataniste qu’elle n’a jamais revendiquée. Parce que la passion de l’artiste suédoise, ce sont les orgues, et ceux-si se situent très souvent dans des églises. Mais derrière le mythe de la sorcière suédoise, se cache pourtant une compositrice rigoureuse, dont la seule véritable provocation est de plonger son public dans une immersion totale.
L’artiste suédoise est en tournée pour présenter Iconoclasts, sixième album et aboutissement d’un parcours entamé il y a seize ans: des morceaux maximalistes qui prennent une ampleur encore plus vertigineuse sur scène.
Un concert dense et habité, où le temps semble respirer autrement
Ils entrent en scène dans le noir, à six, sans un mot. Orgue (petit, cette fois-ci), synthés, basse, guitare, batterie, saxophone. Le saxophone débute, la basse, parfois jouée à l’archet suit, puis il y a un déferlement d’orgues, de clavier, de guitare et de batterie dans des arrangements quasi-orchestraux. Très vite, la musique se déploie par longues nappes.
Anna von Hausswolff, en treillis militaire, passe de l’orgue au clavier, puis à la guitare, tandis que sa voix se fond dans la masse, parfois confondue avec le saxophone, parfois flottant comme un cri de lumière, aigue, pure et puissante. Le public assiste à une véritable tapisserie sonore, où la physicalité du son est saisissante. C’est sombre, lourd, magnifique.
Une intensité qui maintient le public suspendu
Le set évolue comme une montée lente et magistrale. Ici, pas de formats radio, mais des morceaux-fleuves, construits sur des structures cycliques, des boucles hypnotiques qui oscillent de la dark pop orchestrale progressivement en assauts post-rock organiques. The Iconoclast, pièce centrale de 11 minutes, résume bien l’univers de la Suédoise: des sonorités organiques, vibrantes et progressives.
Tout au long du concert, un souffle traverse les compositions, comme une respiration lente. Un silence total s’installe parfois, la voix seule suspendue dans l’espace, avant que la matière sonore ne revienne, plus sombre, plus dense. Cris, textures électroniques, tout évoque des chants anciens. Un peu comme des chants grégoriens, réactivés dans un langage contemporain.
Un saxophoniste éblouissant
Si l’ensemble du groupe impressionne par sa précision, un musicien impressionne particulièrement: le saxophoniste Otis Sandsjö. Tantôt en retrait, ajoutant une couche de texture, tantôt au premier plan, son jeu est d’une intensité rare. Sa façon de jouer est parfois très soufflée, parfois très pure. Extrêmement impressionnant.
Écoute profonde et libération finale
Dans la salle, le public est d’une attention exemplaire. Une écoute profonde, presque recueillie, accompagne chaque montée, chaque silence. Puis vient la fin, une standing ovation immédiate. Le rappel agit comme une libération, les corps se délient, certains dansent entre les sièges, dans les allées.
A Genève, pas de controverse. Ne reste qu’une évidence, celle d’une artiste qui ne cherche pas à provoquer, mais à faire ressentir. Intensément.







