Photo par Indra Crittin pour Antigel

La dernière fois que Claire Pommet, alias Pomme, est passée par l’Épicentre, elle avait dix-huit ans et demi. Autant dire une éternité à l’égard d’une prometteuse carrière qui l’amena lundi soir au Festival Antigel… et demain (ou presque) aux Victoires de la Musique !



Il est loin le temps de la sortie de son premier disque, tandis que son récent album Failles lui vaut aujourd’hui une nomination pour la prestigieuse cérémonie française. À l’époque de En cavale sortit en 2016, puis du LP À peu près (2017), trente personnes – dont la famille proche – composaient ce public venu écouter la Lyonnaise. Désormais, c’est face à dix fois plus de monde qu’elle s’est avancée sur la scène d’un Épicentre affichant complet.

Bien évidemment, Pomme aurait pu viser bien plus mais c’est tout à son honneur d’avoir accepté le pari de revenir dans la charmante grange de Collonge-Bellerive. Il en résulte une heure et quart de pur bonheur. À la fois joviale et taquine, Pomme ne manque pas l’occasion de partager un sincère moment avec son public qui compte des générations multiples en ce début de semaine.

D’emblée, la souriante jeune femme embarque le monde dans son univers évasif et expérimental. Derrière les paroles de Anxiété se distingue dès lors un léger vocoder qui n’altère aucunement la voix touchante de la Française. Elle s’appuie d’ailleurs sur deux excellentes musiciennes, Caro à la batterie et Clem à la basse-synthétiseur. Avec elles, Pomme mène le public genevois dans l’entonnoir de la « belle » mélancolie, dont il est difficile d’en ressortir malgré ses tourments et inquiétudes.


Photo par Indra Crittin pour Antigel

Une voix singulière couplée à l’éloquence des mots

Passant par plusieurs instruments, dont sa fameuse auto-harpe sur Les oiseaux, Pomme provoque toutefois les plus belles émotions lorsqu’elle chante. La pureté de sa voix tout du long de sa prestation donne lieu à des stupéfactions et admirations, qui ne sont évidemment pas volées. La douceur de la guitare réverbérée sur le titre Aux larmes caresse ainsi le trémolo d’une voix vraiment singulière. Et l’éloquence du discours dans les interludes ne s’oublient pas dans ses morceaux puisque l’artiste se plaît à faire frémir par le choix juste des mots.

Des moments rythmés, il y en aura eu comme sur Pauline. Mais finalement, c’est dans les moments plus apaisés que Pomme se distingue. Elle envoûte sur une reprise parfaite – en japonnais – du générique du Voyage de Chihiro, film de Hayao Miyazaki. Elle chante solennellement avec le public sur Sans toi, sans relâche. Elle fait vaciller les têtes sur La lumière.

Puis bon, le rappel… c’est pas son truc. Alors quoi de mieux que de prévenir pour mieux revenir sur scène. Parce que oui, le retour sera sublime. Après une heure de spectacle, l’hymne Grandiose émoustille. Il sera suivi de l’incroyable Une minute, long morceau crescendo se terminant en apothéose sonore, avant que soit joué à l’auto-harpe l’incontournable On brûlera.

Finalement, personne n’aura brûlé ce soir là. Il y aura juste eu des coeurs réchauffés par le son mélodieux d’une artiste de talent.