© Victor Perrin

Si la chanson « The Great Escape » a résonné dans l’Alhambra de Genève samedi soir, ce n’était pas le seul hymne de Patrick Watson qui aura ému le public. Récit d’un long voyage avec le Montréalais.



Reporté en janvier dernier pour cause d’extinction de voix de Patrick Watson, le concert affichait fièrement « sold-out » par le festival Antigel. Particularité d’une salle qui, pour des raisons de sécurité, évite l’entassement du public, les conditions étaient optimales autant pour ceux du parterre que dans les gradins. Car pour obtenir ces conditions optimales, il faut un magicien face à soi.

Patrick Watson peut se targuer d’une carrière immense, qui a concrètement explosé dans sa ville d’adoption Montréal. On est en 2003 et paraît un premier album intéressant (Just Another Ordinary Day), avant que Close To Paradise place, trois ans plus tard, le natif de Californie sur le devant de la scène indie internationale. Avec le titre The Great Escape, c’est l’ouverture vers un monde nouveau.

Un moment singulier, rien que pour l’Alhambra

L’Américain d’origine est un OVNI dans le monde de la musique. Ses sept albums en vingt ans de carrière confirme une proportion à produire de nombreux morceaux, mais pas n’importe comment. Ils sont joués, souvent, selon le contexte particulier dans lequel il est. Au Québec, de nombreuses fois l’artiste est sorti des sentiers battus pour proposer aux spectateurs et spectatrices un moment unique: dans une cathédrale, seul au piano sur le bord du fleuve Saint-Laurent, dans la salle de ses débuts avec quelques cinquante privilégiés. Bref, un caméléon qui prend facilement la mesure du lieu dans lequel il se trouve.

À l’Alhambra, les lumières qui illuminaient la magnifique salle sublimaient cet écrin du centre-ville de Genève. Tout était minutieux, léger, en communion avec une musique qui laisse place à l’introspection comme sur le titre The Wave de l’album éponyme.

Il aura su tirer des sourires aux gens par ses interventions farfelues entre français et anglais. Il aura su montrer sa sensibilité, comme lorsqu’il raconte l’origine du second morceau de la setlist Big Bird In A Small Cage. Et parfois même, il aura réussi à tirer des larmes et des moments de tendresse, tant ses musiques sont somptueuses comme Melodie Noir jouée discrètement en trio avec une légère lumière.

Un artiste qui sait s’entourer

Bon nombre des personnes du public de l’Alhambra connaissait le répertoire de Patrick Watson. Mais ces personnes, discrètes, appréciaient le moment sans nécessairement chanter à pleins poumons des titres. Ce n’est pas non plus le style Watson. L’intime prime. On pourrait presque entendre des mouches voler dès que sont entonnées les premières notes de morceaux au piano, tel que Here Comes The River, avant que l’armada d’instruments s’ajoutent. Parce que oui, l’artiste n’est pas venu seul. Et heureusement.

Accompagné par un batteur et un guitariste/bassiste, Patrick Watson a su bien s’entourer avec, également à ses côtés, La Force. Choriste depuis de nombreuses années, elle a chanté en duo sur le le sensationnel rappel Height of the Feeling et joué en première partie ses compositions. Un talent vocal brut dont il serait bête de s’en passer.

S’il manquait visiblement un guitariste pour compléter la formation, un quatuor à corde était tout de même présent en arrière-scène pour proposer des harmonies somptueuses sur les différents morceaux de ce (long) concert de deux heures. Le temps de s’imprégner pleinement du monde autant complexe que fascinant qui anime l’artiste basé à Montréal qui a fait escale à Utrecht (Pays-Bas), à Louvain (Belgique) et Paris pour six dates consécutives (!) au Café de la Danse. Avant un retour en Amérique du Nord, Genève était la clôture en apothéose de ce tour accompagnant la sortie récente de son album Better in The Shade.

Pourtant, Monsieur Watson, vous êtes meilleur dans la lumière. Et que ça dure.

© Victor Perrin