
Il y a quelque chose de profondément juste à voir les Britanniques revenir à Genève, dans la salle de l’Alhambra. Un lieu qui semble avoir été pensée pour le leader du groupe.
La formation de Neil Hannon, fondé en 1989 en Irlande du Nord, s’est imposée depuis trois décennies comme l’un des artisans les plus élégants de la pop orchestrale du Royaume-Uni : ironique, baroque, théâtral, toujours impeccablement mis en scène. Et ce retour à l’Alhambra n’est pas anodin : The Divine Comedy fut le tout premier groupe programmé par l’actuel directeur d’Antigel en 1993, dans un autre contexte, et aussi son premier sold-out. Trente ans plus tard, l’histoire se répète : la salle affiche à complet.
Un théâtre rouge pour un dandy joueur
L’Alhambra, décorée comme un véritable théâtre avec son grand rideau rouge en fond de scène, semble avoir été pensée pour Neil Hannon. Le chanteur, toujours très classe, arrive comme un acteur entrant en scène.

À peine installé, il se sert un verre de vin blanc sur la petite table posée à côté de lui. La bouteille presque vide à la fin du concert, Hannon est un joyeux luron, un maître de cérémonie qui ne se prend jamais trop au sérieux. Sans jamais perdre la qualité vocale et instrumentale de ses comparses sur scène.
Chaque chanson comme une scénette
Le fil conducteur du concert est limpide : chaque titre est joué comme une petite pièce de théâtre. Hannon incarne, mime, exagère, raconte. Entre les chansons, il multiplie les blagues, les apartés, les clins d’œil va même jusqu’à éternuer, car « il fallait bien que ça sorte ! ». Le groupe, composé de sept musicien-es, forme un ensemble solaire, soudé, presque familial. On sent une cohésion rare.
La setlist, très équilibrée entre anciens (Generation Sex, Mutual Friends) et nouveaux titres (Achilles, The Last Time I Saw The Old Man) oscille entre pop lumineuse et envolées plus baroques. On passe d’un univers à l’autre en jonglant sur le fil de l’humour du chanteur.

Un cocktail au milieu du set, littéralement
Au milieu du concert, Hannon fait apporter une planche à cocktails. Il sert chaque musicien et musicienne, en commentant : « Le guitariste n’en boit jamais avant un concert… mais rien n’interdit d’en boire pendant. » La salle éclate de rire. C’est exactement cela, The Divine Comedy : un mélange de raffinement, d’années d’expérience et de lâcher-prise improvisées.
Sur le swing Mar-A-Lago By The Sea, Hannon glisse un clin d’œil à Genève et à la Suisse, avant de conclure le morceau sur le mauvais accord, volontairement, évidemment. L’humour est partout : dans les textes, dans les ruptures, dans les maladresses feintes. Le public est conquis.
La soirée prend des allures de best of, avec un National Express irrésistible, repris en chœur par toute la salle. Le rappel se termine sur l’inévitable et magnifique Tonight We Fly, où l’Alhambra semble réellement décoller. Lorsque les dernières notes s’éteignent, Hannon conclut avec une phrase qui résume parfaitement son humour ; « À bientôt… et si je suis mort entre temps, c’était très sympa, merci ! ».

Sky of Augustine en ouverture : une douceur fraternelle
Avant que Neil Hannon ne prenne possession de l’Alhambra, la soirée s’ouvre avec Sky of Augustine, un trio formé de deux frères et une sœur. Leur folk délicate n’est pas sans rappeler Of Monsters and Men, installe immédiatement une atmosphère de calme.
Les harmonies sont douces, les mélodies simples et lumineuses : un écrin parfait pour préparer le public à l’avalanche théâtrale de The Divine Comedy. Leur set de trente minutes se conclut par un très beau titre en exclusivité, suivi de “l’hymne du groupe” For The Sleep, leur tout premier titre composé.








