© Hadrien Haener – Antigel

Vendredi, la piscine du Lignon se muait de nouveau en centre « musicalquatique » pour Antigel. Après Wu Lyf la veille, c’est BDRMM qui prenait place sur une scène installée devant la pataugeoire.


Comme chaque année, le rituel est là: après avoir scanné son ticket et passé les portiques métalliques, les chaussures sont déposées avant d’entrer dans les vestiaires. La chaleur ambiante s’empare du visiteur qui, pieds nus (ou presque), vient déposer ses habits dans un cadenas. Puis, c’est l’extase.

La vue de l’eau, et de bouées rouges estampillées Super Bock, enthousiasme autant les gens que les instruments posés face au petit bassin pour enfants à gauche de l’entrée du bassin. Le toboggan est condamné, mais le voir s’enrouler autour de la scène est réjouissant : les contextes proposés par Antigel font toujours effet.

Il est d’autant plus renforcé par la première partie Sunday June, qui propose du surf rock parfaitement adapté pour ouvrir la soirée. Vus au JVAL l’été dernier, le groupe genevois commence à se faire un nom (il a notamment joué au Supersonic de Paris) et propose toujours une « ambiance solaire et intimiste ».

© Hadrien Haener – Antigel

Ce fut aussi le cas jeudi, lorsque le public a assisté au grand retour de Wu Lyf, qui a enthousiasmé certain·e·s et laissé d’autres plus perplexes (dont notre chroniqueuse). Loin d’être décevant, ce concert manquait un peu de mordant eu égard aux anciens groupes programmés en ce lieu. Est-ce que BDRMM a rempli ce contrat ?

Une anomalie programmatique ?

Pour répondre à la question, c’est un léger oui. Certes, la venue du groupe anglais contrastait avec l’énergie de tous les instants déployée par IDLES ou Viagra Boys, lors de prestations dantesques ayant écrit l’histoire de cet endroit atypique.

Avec BDRMM, loin sont les circle pits lancés par les groupes à destination d’un public enflammé, ou encore les crowd surfing initiés par des personnes bien enthousiastes (et parfois sous emprise de l’houblon). Mais au moins, le bassin n’était pas loin pour faire un plongeon.

© Hadrien Haener – Antigel

Est-ce un carton rouge pour la programmation d’Antigel ? Absolument pas, car ce fut magistral. Et d’un coup de mistral, balayons les déçus qui n’ont pas transpiré.

L’heure était vendredi à la contemplation sous stéroïdes, une prestation qui a mêlé avec brio le shoegaze planant au indie rock énervé. Plus de frontières entre deux styles finalement complémentaires : c’est la marque de fabrique de BDRMM, dont les compositions sont particulièrement réussies.

Un live bien différent du studio

Pour ce concert à Genève, le quintet a présenté une poignées de morceaux issus du dernier album Microtonic mais également d’anciens. Fondé en 2016, il a pour lui un intéressant répertoire issu de trois albums à explorer sur scène. Et si leur dernier album, réussi au demeurant, nous embarque dans un monde shoegaze proche de la féérie, la prestation de vendredi en concert a fait bifurquer les spectateurs et spectatrices vers une toute autre ambiance.

C’est plus organique, moins électronique. On ressent une puissance incroyable, conjuguée à une belle osmose entre les musiciens. Parmi les meilleurs moments, on retient ces instants instrumentaux intenses (quel final!), les ambiances proches de Depeche Mode ou The Haunted Youth, mais aussi Infinity Peaking.

Sous son ambiance apaisante en studio, ce titre devient une explosions de ressentis en live. Le jeu à la guitare est envoûtant, et celui à la batterie est d’une précision hors paire. Manque seulement au chanteur Ryan Smith un peu de consistance pour passer le groupe dans un niveau qualitatif supérieur.

Mais ce groupe est une véritable pépite puisqu’il conjugue la fureur à l’apaisement, le dynamisme à l’envoûtement. Une réelle magie vécue vendredi soir dans le cadre d’Antigel.