© Olivier Miche – Antigel

Il y a des soirs où Antigel semble fait pour rappeler pourquoi Genève sait encore surprendre. L’Alhambra, avec son allure de vieux théâtre, s’est transformée samedi en cocon électro-pop berlinois.


Apparat, jamais vraiment là où on l’attend, revient après plusieurs années de silence et une tournée grandiloquente de Moderat avec une proposition qui n’a rien du simple « come‑back tour ». On sent dès l’intro que Sascha Ring veut jouer autre chose ; quelque chose de plus brut, de plus organique, moins perfectionniste, presque comme un refus du numérique pour aller vers l’analogique pur.

Un retour en forme, dense et sans fioritures

Cette approche musicale se retrouve par la présence d’un full band — batterie, guitare, basse, claviers, trombone et violoncelle — qui installe instantanément un climat live, avec un son direct et plus permissif que d’accoutumés chez le Berlinois.

© Olivier Miche – Antigel

L’électronique passe ici au second plan, avalée par une matière sonore plus analogique, plus vivante, qui respire à travers chaque montée progressive. Et cette configuration marche, le public se laisse porter par chaque morceau tantôt progressif, tantôt ambiant. Ceci est encore plus extraordinaire quand on sait que la setlist est à grande majorité issue du nouvel album A Hum Of Maybe qui sortira le 20 février prochain, et donc, encore jamais entendue.

Une scénographie volontairement (trop) en retrait

Le chanteur s’exprime d’ailleurs à ce sujet en sachant que faire une tournée avant la sortie du nouvel album n’est pas la chose la plus mainstream qu’il ait faite. Autre facteur déterminant du show, la qualité du travail des ingénieurs du son et des musiciens présents. Chapeau bas à l’excellent batteur qui sublime les titres à chacune de ses interventions comme sur DAWAN. Au regard de ce concert, il est sûr que cet album est déjà à placer dans le top 2026.

© Olivier Miche – Antigel

Là où Sascha Ring nous avait habitués à des visuels immersifs avec Moderat, il choisit la sobriété pour Apparat : quelques lumières, quelques ombres et rien de plus. Heureusement, certains morceaux sont nappés de jeux de lumière aériens qui dessinent une atmosphère plus cinématographique.

Si l’on garde en mémoire le live d’Apparat de 2019 dans Passengers sur Arte, l’Apparat 2026 se cherche ailleurs :

  • pas de grandes concessions,
  • pas de best of rassurant,
  • beaucoup de nouveaux titres joués avec l’assurance de quelqu’un qui ne demande pas validation.

C’est presque anti‑marketing, et c’est précisément ça qui rend le moment précieux.

Une première partie comme une chambre d’écho lente

Avant cela, le duo expérimental GaspardSalomina avait ouvert la soirée dans une ambiance quasi muséale. Une longue dérive sonore faite uniquement d’enregistrements, un set un peu maladroit, mais immersif, comme une brume qui prépare la salle à ce qui va suivre. Pas là pour séduire, mais pour installer une altitude : décollage lent, une trajectoire minimale, et une demi-heure qui fonctionne comme mise en bouchent.

Au final, Antigel aura une nouvelle fois laissé une empreinte durable : un concert audacieux, sans compromis, où Apparat semble redéfinir son propre style avec un nouvel album audacieux presque intégralement présenté au public sans perdre son intensité émotionnelle. Un live rare, dense, et surtout profondément honnête.