WU LYF pour le festival Antigel

Quatorze ans après avoir saboté leur propre mythe, les Mancuniens de WU LYF ont choisi de passer par la moiteur de la piscine du Lignon pour leur résurrection. Récit de retour d’un groupe culte attendu au tournant.


Pour la première soirée d’Antigel à la piscine du Lignon, le décor est planté : une chaleur moite, un brouillard de condensation qui flotte sur l’eau et une mixité de styles propre à l’esprit du festival. On y croise des festivalières et feativaliers en maillot de bain qui plongent entre deux accords ou qui regardent le concert dans des bouées sur l’eau. D’autres sont complètement habillés et campent devant la scène, une bière à la main. Mais toustes sont pieds nus, en tongs, ou même en Crocs customisées. C’est là toute la force du festival : transformer un lieu du quotidien en un écrin de concert exceptionnel, où l’on retrouve instantanément une âme d’enfant.

La résurrection d’un mythe

Pour beaucoup, le retour de WU LYF (World Unite! Lucifer Youth Foundation) est sans doute la reformation la plus enthousiasmante de 2025. Après une carrière éclair et un unique album culte, Go Tell Fire to the Mountain, enregistré dans une église, le quatuor s’était évaporé en novembre 2012. Ellery James Roberts, frontman magnétique, avait sabordé le navire en plein vol, laissant derrière lui le mystère d’une sortie de scène aussi spectaculaire que brutale. Quize ans après leur passage à Montreux, les Mancuniens rouvrent un chapitre que l’on pensait définitivement clos, portés par l’annonce d’un nouvel album pour le printemps 2026.

“We’ve just finished the best rock’n’roll album ever made”.

Dixit Ellery James Roberts, une promesse lancée au public qui sonne, au choix, comme une prophétie ou une arrogance assumée. Mais est-ce que le live tient le choc face au poids des années ? Peut-on revenir la bouche en cœur avec une musique qui n’a pas bougé depuis 2012 et espérer la même ferveur ?

Récit du live

La setlist est une progression bien pensée. Ellery James Roberts déploie une présence et une énergie dévorantes, déambulant dans le public et multipliant les interactions. Il s’amuse, non sans humour, de la situation absurde de jouer dans une piscine, lançant un : “Ready to rock in your flip flops ?”. On croise des fans de la première heure, visiblement touchés par le retour de leur groupe phare, même s’ils ne constituent pas l’intégralité de la salle.

Certains moments rappellent pourquoi le groupe avait fait tant d’émules : le renouveau sur A New Life Is Coming, joué en tout début de concert, l’efficacité intacte de Spitting Blood avec Roberts au clavier, ou la découverte de Robe of Glory, titre inédit prometteur. Le concert s’achève sur l’hymne We Bros, introduit avec une pointe d’ironie : “Some members of the group hate this song so believe it or not, you’ll have to imagine the percussion”. Un final épuré, interprété par Roberts au clavier et son bassiste, qui réussit à faire chanter toute la salle.

WU LYF – Arte Concert Festival 2025

Un équilibre à retrouver

Pourtant, si l’on espérait une immersion expérimentale tant vanté par les chanceux et chanceuses des lives d’il y a 15 ans, on se retrouve face à une heavy pop qui accuse parfois son âge. Ce qui sonnait comme une révolution il y a quatorze ans paraît aujourd’hui un peu daté. Et c’est plutôt une bonne nouvelle pour la musique en général : cela prouve que les attentes et l’oreille du public ont évolué.

La voix, d’une granularité brute et fascinante, manque parfois de justesse et écrase une guitare trop en retrait. Le mixage, dominé par la voix et une batterie omniprésentes, manque de nuances et de liant. On regrette aussi une certaine absence de mordant et d’attaque. Finalement, on assiste au show d’un frontman charismatique, mais on peine à se sentir pleinement enveloppé par la dimension collective du concert.

Ce retour de WU LYF ressemble à une répétition générale grandeur nature. Si le charisme d’Ellery James Roberts suffit à porter le spectacle, le groupe devra rééquilibrer sa formule pour dépasser le simple stade de la nostalgie. Il manque un étincelle, ce souffle subversif pour que la World Unite! Lucifer Youth Foundation redevienne la force révolutionnaire qu’elle était autrefois.

On attend le printemps 2026 pour voir si le nouvel album de WU LYF tiendra sa promesse de grandeur.