© Susan Moss / Antigel 2024

Swans est de passage samedi à Genève pour Antigel (billets ici). Et l’Alhambra risque de vibrer au son du rock expérimental du groupe américain. Interview avec son fondateur, Michael Gira.



Le natif de Los Angeles a su mélanger les ingrédients depuis les eighties pour trouver grâce aux oreilles du public, notamment lors de la dernière décennie avec des albums encensés. Et entre temps, le septuagénaire n’a pas chômé durant quinze ans de pause en jouant avec Angels of Light, en développant son label Young God Records et produisant Devendra Banhart ou encore Akron/Family.

Bref, interview avec un monument du rock !

Salut Michael, comment se déroule la tournée à ce jour ?

Nous sommes tous assez fatigués, mais nous allons quand même bien! On tourne depuis depuis plus d’une année pour l’album « The Beggar » et on est actuellement à Barcelone. 

Quelle était la principale raison de venir jouer au Festival Antigel ?

On joue tout simplement des concerts… Nous avons déjà performé à Genève plusieurs fois, mais je n’ai jamais eu la chance de visiter la ville encore. 

Swans est connu pour ses performances puissantes et immersives. Qu’est-ce que vous procure la scène ?

C’est ce que je fais… C’est la même chose qu’un charpentier qui utilise un clou, ou un boucher qui coupe de la viande. 

Et qu’en est-il de l’interaction avec le public ?

Ce sont des être humains sur cette terre, et j’essaie de faire de la musique pour qu’ils aient un aperçu de leur âme. 

Comment voyez-vous votre rôle de « chef d’orchestre » qui dirige les musiciens au centre de la scène ?

Notre musique est vraiment orientée autour de l’instrument. Ce n’est pas plusieurs éléments individuels qui jouent leurs propres parties, mais la création d’un son ensemble. C’est pour cette raison que nous devons être psychologiquement connectés. 

Racontez-nous le processus de création du dernier album, qui allie beaucoup de musicalités notamment sur The Beggar Lover qui dure 43 minutes…

Je ne crée pas la musique: elle me crée. Et je sais quand ça se termine quand je suis à court d’argent (rires). Comme tout vrai musicien, tu cherches la vérité. 

C’est-à-dire ?

La vérité est dans le son. Si ça l’est, on le comprend instantanément. Et si ce n’est pas le cas, il faut continuer à travailler. Je ne m’intéresse pas du tout à la carrière, à la perception ou à la critique. On fait ce que l’on veut et s’il y a des gens intéressés, c’est magnifique. Si ce n’est pas le cas, c’est correct aussi. 

« Notre concert est à 80% du nouveau matériel qui se développe en jouant »

Ebbing est par exemple captivant pour sa longueur, son atmosphère… Pouvez-vous en dire plus sur ce titre, ou un autre qui vous plaît ?

Pour être honnête, je ne me rappelle même pas de l’album. Je suis plus intéressé à ce que l’on fait maintenant. Fondamentalement, notre concert est à 80% du nouveau matériel qui se développe en jouant. On a commencé à jouer des chansons de « The Beggar » et de l’ancien album « leaving meaning ». Et ça a graduellement changé à mesure que nous jouions du nouveau contenu.

C’est finalement une ambiance que vous voulez amener au public ce samedi soir à l’Alhambra…

Nous improvisons toujours et altérons les choses. Maintenant, nous avons un set qui est complètement nouveau. Ça évolue doucement. C’est comme retirer de la peinture humide d’un mur. Et progressivement tu vois le visage derrière la peinture. 

Vous vous voyez finalement plus comme un peintre qu’un musicien ?

Je ne crois pas (rire). C’est une analogie.