
Avec ses dizaines de concerts et conférences, le festival m4music du Pour-cent culturel Migros (20 et 21 mars) est un incontournable des mélomanes et acteurs du milieu. Pour cette édition 2026, LastNite a fait le déplacement à Zürich pour en dévoiler les coulisses.
À la vue du programme du festival, les vendredi et samedi peuvent être bien occupés pour celles et ceux qui veulent tout expérimenter.
Ouvert au public, cet événement sur deux jours se couple à la fameuse cérémonie des Swiss Music Awards qui se tenait la veille. Cette année, c’est Baby Volcano qui a remporté le prix du « Best Act Romandie », une catégorie qui fait encore débat par sa différenciation des deux principales régions linguistiques de Suisse. L’artiste jurassienne l’a d’ailleurs souligné sur la scène, lors de son discours…
Ce constat est d’ailleurs étrangement contraire à l’ADN de l’événement du weekend qui offre des prestations romandes, alémaniques et tessinoises sans aucune distinction, mais également des conférences multi-langues (français et allemand). Le m4music a quelque chose d’unique.
Un lieu spacieux et bien agencé
Il faut commencer par l’essentiel : l’espace de rencontre du m4music est magnifique. Il prends place dans le complexe du Schiffbau, à l’ouest de Zürich, où se dresse une halle industrielle classée monument historique dans laquelle les navires étaient autrefois fabriqués.
C’est donc à quelques encablures de la gare Hardbrücke que se dresse donc ce haut lieu culturel de la ville qui dédie sa surface à des espaces restaurants et salles de spectacles pour la vie nocturne.

À l’intérieur, divers lieux sont créés de toutes pièces pour accueillir des conférences pertinentes sur l’évolution du milieu musical. On retrouve Hall, Box, Moods, Matchbox ou Foyer : des noms au sens particulier, puisqu’ils s’orientent vers un type spécifique de contenu.
Quand il s’agit de présenter des projets musicaux et débattre autour, the Hall s’impose comme le lieu adéquat avec sa sono d’extrême qualité.
Dans cet endroit se déroule les fameuses « Demotape Clinic », une signature du m4music qui permet à des artistes ou groupes d’envoyer leur musique pour se faire évaluer après une sélection rigoureuse. C’est le »graal » pour tout musicien suisse qui voit, ici, l’occasion de faire connaître sa musique au plus grand nombre… et particulièrement les professionnel-les.

À l’inverse, quand des sujets de fond traitent de l’actualité du monde musical helvétique (ou international), c’est dû côté des salles jumelles Box et Matchbox que les yeux se tournent. Tout sujet peut être mis sur l’agenda : les rémunérations via les plateformes de streaming, les algorithmes, la précarité des artistes, les stratégies d’exportation, les difficultés administratives pour le booking d’artistes internationaux ou encore la discrimination de l’âge.
Des conférences pertinentes, dont une sur « l’âgisme »
Pour traiter ce sujet singulier, la modératrice Gisela Feuz, journaliste culturelle et musicale chez SRF, faisait face à Fränzi Madörin, artiste sexagénaire du collectif Les Reines Prochaines, la musicienne et psychothérapeute Linda Wolf, et Miriam Wallimann, collaboratrice scientifique à l’Université de Zürich. Seul intervenant masculin, Wieland Krämer complétait le panel par son expérience de directeur d’une agence de booking et promotion berlinoise (Powerline).
Il s’agissait de mettre l’accent sur un phénomène particulier, celui de la sous-représentation des artistes ou groupes »âgés » face à une jeunesse qui, malgré elle, imprègne plus les structures de soutien, la visibilité et les carrières d’avenir. Des enjeux de sécurité sociale ou de conciliation de la vie professionnelle et familiale sont ainsi relégués au second plan, eux qui peuvent concerner davantage les plus de trente ans. Un casse tête…

Difficile de tirer des conclusions évidentes de cette conférence, tant le thème reste complexe à traiter. Miriam Wallimann soulignera d’ailleurs que la discrimination de l’âge est particulièrement cruelle en musique, lorsque l’on compare la légitimité d’un juge à 60 ans face à celle d’un-e artiste du même âge.
Son fatal constat est que « dans l’art, il faut une percée avant 30 ans », tandis que Wieland Krämer, par expérience, considère que « sur le marché, tout le monde peut percer, tant qu’il y a du public ». Il s’appuie sur la programmation du festival allemand Rock Am Ring, qui intègre des groupes relativement âgés car « les gens y vont exprès pour ».
Or, si cette vision peut paraître juste vis-à-vis de l’âge, le genre entre dans l’équation. Il peut-être réducteur quant vient à programmer des femmes. D’ailleurs, s’appuyant sur une étude de 2024, la modératrice et journaliste Gisela Feuz appuie ce point de vue en affirmant que « l’industrie musicale est le reflet de la société, puisqu’à partir de 30 ans, les femmes sont moins représentées dans des playlists de plateformes d’écoutes et sont moins programmées en festival ».

Une pistes de solutions consisterait à davantage mettre en valeur l’âge dans la stratégie de communication, comme l’imagine Linda Wolf. « Les gens misent beaucoup sur les réseaux sociaux pour se valoriser… mais pourquoi pas imaginer dire « J’ai 53 ans et je réalise enfin mon rêve de sortir un EP ? « ».
Dans un registre similaire, l’idée de la sexagénaire Fränzi Madörin est de miser autant sur l’authenticité que sur la présence : « À l’inverse d’une Madonna par exemple, il ne s’agit d’être en stade mais face à un public spécifique. Aussi, il faut se rendre présent, que cela devienne »mainstream » pour quelque chose reste …».
Enfin, des concerts de toutes parts
Si les conférences prennent une place importante de la programmation du festival m4music, ce n’est toutefois pas toute. En extérieur, l’esplanade accueille des stands de nourritures et de boissons aux côtés de l’Open Air Stage, seule scène gratuite du festival. Elle permet de s’intéresser aux projets montants tels que Moictani, Yalla Miku ou Dibby, en fières représentations de la Romandie.

Aussi, des salles, petites ou grandes, sont dédiées à la découverte d’artistes ou groupes locaux et internationaux. Cette année, la Halle (principale salle) accueillait par exemple Good Neighboors ou encore Stereo Luchs, tandis que la Box (plus restreinte) donnait la place à Splendid ou Monster Florence.
L’équipe de rédaction était présente pour couvrir des concerts du samedi 21 mars. Une chronique de Jessica Lucisano est à retrouver bientôt en ligne, avec des images exclusives de Lucie Gertsch.
Le festival m4music est la preuve que la scène musicale helvétique peut se réunir sous un même toit. Et l’annuelle organisation déployée Zürich n’exclut pas la Romandie, au contraire : tout est fait pour intégrer le multilinguisme, des artistes et groupes francophones aux panels de conférences variés avec des traductions simultanées. La musique est peut-être ce qui unit le mieux la Suisse, finalement.





