
Alors qu’elle a terminé une tournée estivale dans plusieurs villes et villages de France, Sainte Nicole s’est libérée de contraintes pour sortir, le printemps dernier, son nouvel EP Manifeste,. Un projet qui marque aussi une forme de maturité musicale. Entrevue avec l’artiste parisienne, de passage à Genève ce printemps.
« Pour le premier EP, je cherchais tellement la cohérence – puisque c’est un objet de « présentation » pour le grand public et les professionnels de la musique – que je m’étais fixé une direction dont je ne voulais pas sortir. C’était assez compact, et un peu contrôle freak je dois admettre (rires). »
C’est avec lucidité rare que l’artiste, qui a des attaches familiales dans la région genevoise, fait le bilan de sa première réalisation, auto-produite, qui avait fait grand bruit en 2023 avec le single « Vanité » (800’000 écoutes sur Spotify notamment). C’est donc avec recul, et une approche renouvelée, que Sainte Nicole a élaboré son deuxième EP. « Je me suis laissée beaucoup plus de liberté à naviguer entre les genres, et me suis dit que la cohérence c’était mes textes et ma voix. Le fil rouge qui est ressorti, c’est la douceur… mais comme force, pas comme faiblesse », nous confie-t-elle au détour d’un café de la gare Cornavin, à Genève.
Une pause salvatrice
Il y a dans Manifeste, disponible sur ce lien et en version physique, une façon différente pour l’artiste de présenter sa musique : toujours énergique sur notamment Jolie Mascarade, mais souvent plus apaisée comme sur les excellents La nuit se meurt et Trésor. D’ailleurs, chaque morceau a sa propre identité, que ce soit en termes de son qu’en termes d’images représentées sur le livret qui accompagne le disque : « Chaque photo réalisée correspond bien à une chanson. Comme l’EP est assez éclectique, il n’y a aucune de ces photos qui pouvait, à mon sens, marcher pour la pochette qui, au final, correspond à la totalité du fil rouge évoqué. C’est une espèce d’affirmation, d’acte libérateur. »

Il aura fallu environ deux ans à Sainte Nicole pour réaliser ce deuxième mini-album, avec pendant ce laps de temps des sorties de collaborations multiples et cosmopolites : Ton Chien avec l’artiste québécois Super Plage, L’amour Superficiel avec les polonais BEMY et Moi pour Toi avec l’allemande Sofia Portanet.
Pour réaliser Manifeste, elle s’entoure de personnes de confiance avec les incontournables Vincent Lagadrillière, à la réalisation, et Baptiste Campenon, qui l’accompagne sur scène et co-compose. Un temps salvateur donc pour Sainte Nicole qui a pu travailler ses textes et ses chansons de sorte à ce que des histoires puissent être racontées. Et chacun de ses cinq titres tient donc sa propre signification :
- La Nuit se meurt, « c’est une prière à la lune qui parle de ma réconciliation avec la féminité. »
- Jolie mascarade, « où j’expose mon rapport à mon environnement, ou comment faire pour ne pas se tirer une balle dans ce monde et continuer à cultiver la joie et l’amour »
- Plus ta go, « un morceau dans lequel j’apprends à poser mes limites et m’affirmer pleinement »
- Fomo de la vie,« cette chanson n’est pas forcément adressée à quelqu’un d’autre. Elle peut être adressée à soi-même, aux barrières qu’on se met et au petit démon sur notre épaule qui voudrait nous faire croire qu’on ne va pas y arriver. Quand on fait taire nos peurs, on peut enfin se plonger avec audace dans le grand bain de la vie. »
- Trésor, « je suis très contente d’avoir enfin sorti cette chanson qui est très particulière pour moi. Elle existe depuis longtemps, elle parle de mes grands-mères, toutes deux prénommées Nicole, et m’accompagnera toute ma vie. Je n’avais pas voulu la produire pour mon 1er EP car je ne me sentais pas prête pour lui donner une forme dont je devrais être satisfaite toute ma vie. Le bon moment est arrivé avec le 2e EP, je me sentais en confiance. Vincent m’a proposé qu’on fasse une prise live pour garder toute l’émotion. Baptiste joue au piano et c’est ma voix qui donne le tempo. Vincent a ensuite construit autour un arrangement très subtil et élégant. Je n’aurais pas pu rêver mieux pour ce morceau. »





Un processus de création particulier
D’ailleurs, cette forme de liberté évoquée plus tôt a émergé par un processus particulier de réalisation de l’EP. Chaque lundi, pendant plusieurs semaine, Sainte Nicole donnait rendez-vous à son musicien Baptiste Campenon pour créer un morceau, sans s’y attarder, car la semaine suivante, c’était un autre qui était imaginé.
Au total, quinze titres ont émané de cette méthode de travail, pour en garder seulement cinq. Et comment s’est fait le choix ? « À la fin, on s’est réuni avec l’équipe. On a écouté plein de chansons, tout le monde donnait ses préférées. Pour l’anecdote, j’avais glissé dans le dossier « La nuit se meure », un peu timidement, parce que c’était quelque chose que j’avais fais toute seule avec maquette peu élaborée d’un simple piano-voix. Et j’ai été surprise de voir qu’il est ressorti du lot et qu’on allait l’emmener au bout. », dévoile Sainte Nicole.
Finalement, les oubliés d’un soir sont les étoiles du lendemain. À découvrir, pour celles et ceux de passage à Paris dans un mois, le 1er octobre, dans la salle du Badaboom pour le vernissage de l’EP.





