VI et peut-être dernier album du rappeur…du moins, selon une vision classique de la musique. C’est sous le nom de BĒYĀH que Damso a offert au public romand une prestation emplie d’un amas de signaux pouvant être qualifiés de mystiques, de sataniques, voire d’horrifiques. Pourtant, c’était ostensiblement une ascèse. Non pas au détour d’une vie, mais pour une nuit.

© Jessica L.

Sciences, lettres, arts : qu’est-ce que BĒYĀH ?

Sans détour, il est question du projet ultime de l’artiste. Mais avec Dems, la nuance est de mise : rien n’est simple, rien n’est compliqué, tout relève d’une précision presque rituelle.

Les traits visibles sur le E et le A sont des macrons. Ils ont plusieurs fonctionnalités et significations. Ils peuvent par exemple être utilisés au niveau de la phonétique pour étirer ou allonger une voyelle dans certaines langues.

Dans notre cas, c’est une lecture plus solennelle qui prévaut. BĒYĀH, mot‑concept forgé par Damso et teinté de sonorités bantoues, renvoie à l’Être : un état d’alignement, de complétude et d’incarnation. Il porte aussi en lui une aura de mystère, d’étrangeté, voire d’incompréhension.

La numérologie ouvre elle aussi une brèche interprétative : le chiffre 5 porte une force d’exploration, de transition, d’élan intérieur, autant de caractéristiques qui semblent épouser la personnalité artistique de l’interprète d’Amnésie.

Une densité émotionnelle exceptionnelle

De la profondeur, une obsession et une dévotion totale à l’art était présente dans la Vaudoise Arena. Il n’a jamais été question de concert, mais d’une véritable pièce de théâtre. C’était un appel à l’exutoire émotionnel, un voyage par étape en quête de sens. Une direction artistique unique et rare repoussant les limites de la créativité. Chaque morceau poussait le public à ne faire qu’un avec l’âme de celui-ci.

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Ouuuuuh ça fait peur

Les costumes des danseur·euse·s et leurs danses ont pu susciter une certaine incompréhension, voire frayeur dans la salle. Il faut confesser que de tels mouvements et parures ne sont pas habituels lors d’un concert de rap. Toutefois, sans l’ombre d’un doute, tout était orchestré avec soin. Certaines tenues pouvaient faire penser aux vêtements portés pour une journée de deuil au XIXe siècle. Toutes sortes de formes ont été vues : des carrés, des volumes ronds, des rectangles allongés. Les mouvements, quant à eux, ont pu voir le jour grâce à différentes références comme : une sorte de Butō revisité, des danses contemporaines traumatiques ou encore une représentation de corps habités.  

Une entrée fait de questionnement et de lumière

L’entrée du protagoniste a pu sonner comme une scène de film de science-fiction rattaché au thème de l’épouvante-horreur. Des sons de monstres résonnants dans le noir, des bruits faisant penser aux Predators dans « Alien vs. Predator ». Un semblant de monstre aux allures totalement difformes habillé de blanc, se trouvait au milieu de la structure scénique sous une lumière blanche intense. Autour de lui, nappés par une fumée épaisse, des démons essayaient de l’atteindre en vain…mais aussitôt hors de cet éclat lumineux, les attaques ne se sont pas fait prier.


L’histoire de Damso en V actes

I La partie de l’ombre : c’est un début de représentation extrêmement forte sur le plan des émotions. Il débute par « Impardonnable », « VIE OLENCE » et VANTABLACK. La symbolique est celle de ses démons, des traumatismes accrochés à lui et d’une violence intérieure qui le ronge.

II La Chute : ici, ce sont les prémices d’un combat sans pitié qui peut se caractériser par une défaite. Il y a des titres comme : « JCVDEMS », « Pa Pa Paw » et « Feu de bois ».

III La Mort : une étape cruciale. C’est aussi à cet instant que le show change d’atmosphère. L’un des personnages est propulsé dans les airs pour léviter au-dessus de de Damso. C’est un corps suspendu. Il est dévoré de lumière, comme s’il était temps pour l’artiste de ressusciter et de laisser au passé une forme d’existence destructrice.

IV La Renaissance : les costumes ont changé de couleur et sont devenus blancs. L’harmonie est retrouvée, une ambiance davantage détendue : c’est comme si une réconciliation avait eu lieu. Les morceaux comme « Fibonacci » et « N.J Respect R » ont pu en témoigner.

V BĒYĀH : Pour la dernière chanson « KAKI », le rappeur est quasi enlacé par cette horde de démons habillés de blanc. Ces esprits ne sont plus synonymes d’attaque, mais de psychopompes qui l’accompagnent vers une destination de passage : un cercueil de couleur blanche. C’est à ce moment précis que le mot-concept « BĒYĀH » est baigné de clarté.

© Jessica L.

SARAH SEY en première partie

C’est par une porte rose bonbon et un sol en damier, que la protégée du rappeur belge fait son entrée. Elle a fait découvrir au public de l’aréna ses premiers morceaux tels que « ATTENTION », « TON EGO » et « PROBLÈME ». Un avant-goût de son premier album qui sortira cette année. Damso et Sarah Sey ont offert « Pa Pa Paw » au public, pour le plus grand plaisir des fans.  Une jeune artiste émergente qui mérite d’être suivie.

La salle était submergée de jeunes, voire de très jeunes personnes, mais elles ont toutes été en folie du début à la fin. Les paroles des chansons ont retenties de la première à la dernière note.