© Pierre Brun

En juillet, le public devant la Scène Ella Fitzgerald s’est présenté nombreux pour assister au concert de la chanteuse catalane.


L’artiste, qui possède l’une des plus grandes voix de sa génération, traverse le folk, le jazz, le flamenco, ainsi que des traditions ibériques et latino-américaines. Ce 20 juillet, la scène se retrouve recouverte d’une soie noire miroitante et de lumières d’un rose subtil, prête à accueillir la star de la scène espagnole.

Un voyage en trois actes

Son dernier album Oral_Abisal, est une œuvre qui aborde la métamorphose à l’image des trois états de l’eau. D’après elle, la première partie « Oral » représente l’état solide, le familier ; « Abisal » indique l’état liquide, l’inconnu : l’abîme et la solitude. Finalement, en traversant ces changements, on arrive à l’état gazeux, où l’on transforme l’intime en expérience collective.

Quiconque écoute Sílvia Pérez Cruz ne peux résister à cette voix de sirène qui nous attire et nous mène avec douceur à percer la surface pour naviguer dans les profondeurs des émotions : à se dépouiller et à se perdre à travers la musique.

Acte I « Oral » – Le Familier : les histoires d’amour

Pérez Cruz entre, applaudie avec enthousiasme par le public, et entame la soirée a capella sur Intro : la sed, le premier titre de son dernier album.

La chanteuse, vêtue d’une robe brodée de couleur vieux-rose, est rejointe par ses musiciens, vêtus de couleurs assorties. Accompagnée de la violoncelliste Marta Roma, le contrebassiste Bori Albero, et le violoniste et percussionniste Carlos Montfort, Pérez Cruz se retourne à plusieurs reprises pendant le concert pour être face au trio : des amis proches devenus famille.

© Pierre Brun

Elle démontre une forte complicité chaleureuse avec son public aussi, qui lui est complètement acquis à sa cause dès le début. Elle dédie une chanson à tous les Catalans du public, Ben poca cosastens, du poète Miquel Martí i Pol. L’atmosphère est créée avec la brume qui rentre sur scène, puis un écho résonnant nous enveloppe de son spleen.

Ses musiciens l’embrassent fort et quittent la scène, la laissant avec sa guitare acoustique. Une artiste qui chante en plusieurs langues et qui s’alimente de multiples cultures et traditions musicales, Pérez Cruz cherche par la suite à se connecter avec les lusophones du public. Sur E triste vivre sem seu amor, une chanson composée à Rio de Janeiro, elle nous rappelle de célébrer ce que l’on vit, bien que tout arrive à sa fin.

Elle enchaîne avec Pequeño Vals Vienés : une chanson dont les paroles sont de Federico García Lorca, sur la mélodie de Hallelujah de Leonard Cohen. En improvisation, elle termine en rendant hommage à Edith Piaf sur les paroles de l’Hymne A L’amour, et l’émotion de la foule décuple. Le noir tombe sur la scène. Fin du premier acte.

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Acte II « Abisal » – L’inconnu : l’âme et ses profondeurs

La soie noire est retirée pour révéler un sol blanc éclatant, et un changement de costume s’est effectué : les musiciens réapparaissent en bleu, avec Pérez Cruz portant une robe blanche. La brume devient plus épaisse, illuminée maintenant d’une lumière bleue, froide.

Ainsi, on est plongé dans l’abîme, accompagné d’un chœur de femmes enregistré et de la voix vibrante de Pérez Cruz qui perce sur Mar de Na Catalina. Ses mouvements sont moelleux, délicats et pleins de grâce. Elle enchaîne avec Chundwa, où le violoniste Montfort passe au tambour et devient le coup de foudre du public. Aux yeux étincelants de passion, la Catalane s’abandonne avec délice aux sensations et au rythme montant du chacarera.

La puissance de sa voix jaillit sur Líquido et Abissal, avec une beauté et un ton à faire pleurer. D’une silhouette fantomatique, voilée d’un tissu blanc transparent, elle livre une danse suave évoquant une sirène venue pour bercer le public genevois.

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Acte III – Le Collectif : intensité et envols

Maintenant en robe rouge et avec un clin d’œil souriante, la Catalane mène sa guitare comme un fusil sur El golpe bajo, une histoire de trahison.

Les esprits du collectif s’envolent quand elle clôt la soirée avec Mechita et Mañana, des chansons reprises en chœur par un public ému et suspendu. L’audience éclate en applaudissements ; en rappel, la chanteuse revient sur scène touchée par cette ferveur, et nous partage que l’énergie de la foule la frappe. Le public réclame d’autres titres pour clôturer, mais, avec l’espoir de ne fâcher personne et un petit sourire, elle refuse en souriant. Elle se laisse porter par le rythme qui l’appelle, et conclut sur Cucurrucucú Paloma.

© Pierre Brun

Avec une scénographie simple mais conçue, la musique est reine pendant ce spectacle de presque deux heures. Ses musiciens sont des artistes impressionnants en eux-mêmes, qui ont chacun eu la chance de briller. Et collectivement, ils deviennent un organisme complet.

Un concert de Sílvia Pérez Cruz est un événement à ne pas manquer : la compositrice possède une vision globale de son art. Conteuse de rêves et d’histoires, la musicienne est une artiste magnétique, d’exception.

* Article rédigé par Sanaa Byfield