Treeboy & Arc © Titouan Massé – Croc’ The Rock

Dernier jour d’un festival de quatre jours, quinze ans de rock à Étagnières et un samedi placé sous le signe des débuts, des adieux et de tout ce qui se joue entre les deux.


Au fil des années, Croc the Rock s’est imposé comme un rendez-vous incontournable pour qui souhaite explorer les multiples facettes du rock. Avec une programmation éclectique, qui semble se surpasser à chaque édition, le festival a une nouvelle fois tenu ses promesses.

One Sentence Supervisor

La soirée commence en douceur avec One Sentence Supervisor, un groupe suisse originaire d’Argovie. Comme Croc’ the Rock, le quatuor célèbre cette année ses quinze ans d’existence. Pour ouvrir cette dernière soirée du festival, les musiciens proposent une entrée en matière décontractée, portée par des sonorités de Kraut-pop. Une mise en bouche tout en subtilité, avant que la soirée ne monte progressivement en intensité.

© Titouan Massé – Croc’ The Rock

Un dernier tour de piste pour Treeboy & Arc

Certains concerts ont une saveur particulière avant même que la première note ne retentisse. Celui de Treeboy & Arc en faisait partie.

Le quatuor post-punk originaire de Leeds retrouvait Croc the Rock pour la première fois depuis son passage en 2022. Au programme : des morceaux de Goose, leur dernier album sorti en 2026, qui prend désormais des allures d’adieu. En avril, avec la sortie de ce dernier album, et l’annonce de la tournée, le groupe avait annoncé que ce serait bel et bien la dernière. Initialement, celle-ci devait s’achever par une date au Royaume-Uni. Mais après le succès de leur passage à Étagnières en 2022, l’équipe du festival tenait à les inviter une dernière fois en Suisse.

Le public a ainsi eu le privilège d’assister à la dernière date de leur tournée, mais aussi au tout dernier concert du groupe. Sur scène, les quatre musiciens ont déployé leur post-punk avec une urgence et une intensité qui donnaient à chaque morceau une résonance particulière. Difficile de ne pas ressentir une pointe de mélancolie en écoutant les titres d’un album qui ne sera plus suivi d’une nouvelle tournée, d’un prochain disque ou d’une autre soirée comme celle-ci.

Treeboy & Arc © Maelie Bourgeois – Croc’ The Rock

HotWax, une ode à plus de 50 ans de femmes dans la musique punk

Le trio britannique a livré un set débordant d’énergie, entre rock alternatif, grunge et post-punk. À la guitare et au chant, Tallulah Sim-Savage forme avec la bassiste Lola Sam un duo complice, né sur les bancs de l’école secondaire. Après avoir exploré plusieurs projets musicaux ensemble, les deux musiciennes ont été rejointes en 2021 par la batteuse Alfie Sayers. Sur scène, leur alchimie est évidente.

Les riffs de guitare fusent à toute vitesse, portés par un son brut et abrasif qui ne tarde pas à faire bouger le public. Le groupe interprète notamment « One More Reason », extrait de son album Hot Shock, paru en 2025, ainsi que plusieurs morceaux plus récents. Entre deux titres, les musiciennes confient avoir consacré une bonne partie de l’année écoulée à l’écriture et annoncent une nouvelle sortie pour l’année prochaine.

En hommage à cinquante ans de musique punk portée par les femmes, le trio a joué une reprise de « It’s Obvious » des Au Pairs. Un choix qui fait écho à la présence scénique du trio, aussi libre qu’électrisante. Très vite, le public se laisse entraîner. Les corps se mettent en mouvement, l’énergie monte et la salle se transforme en un espace où il devient difficile de rester immobile. 

Bucket, une première en Suisse

Dernier groupe de la soirée, mais certainement pas le moindre : Bucket. Les musiciens originaires de Dublin signent à Croc the Rock leur tout premier concert en Suisse. Au vu de l’accueil qui leur a été réservé, il serait étonnant que cette première reste sans lendemain.

Qualifier leur prestation d’intense serait un euphémisme. Ici, le noise rock se déploie dans sa forme la plus débridée : un mur de son, une énergie incontrôlable et une véritable déferlante sensorielle. Le chanteur se passe le câble de son micro autour du cou, semble s’étouffer avec la bonnette du microphone et poursuit sa performance dans un chaos qui paraît ne jamais devoir s’interrompre.

Dans la salle, le public entre à son tour dans la tourmente. Le pit s’emballe, les corps s’entrechoquent et la foule se transforme en une masse en mouvement. À un moment, une personne est portée sur les épaules du public et promenée à travers la fosse. Face à cette scène, le chanteur ne peut qu’encourager davantage le mouvement : « More of this. »

C’est excessif, imprévisible et, paradoxalement, profondément libérateur. Bucket of pousse la surstimulation à son paroxysme et transforme la salle en un espace de défoulement collectif.

Alors que le samedi glisse lentement vers le dimanche, Croc the Rock clôt cette soirée anniversaire sur une célébration du rock dans toute sa diversité : tantôt doux et mélancolique, tantôt frénétique et abrasif, parfois soigneusement construit, parfois délicieusement chaotique. Quinze ans après ses débuts, Croc the Rock continue de faire la part belle aux découvertes, aux rencontres et aux performances qui sortent des sentiers battus.