© Voix de Fête

Voix de Fête, ce sont des têtes d’affiches… mais aussi des découvertes méconnues à leurs débuts et qui explosent ensuite. Cette année, le défi était de dénicher les futurs talents sur scène : Arthur Fu Bandini, Malaka et Sam Mallais en font-ils partie ?


Programmés sur des petites scènes du festival genevois, trois projets francophones valaient le détour pour cette 28ème édition. C’est notamment à la Salle Communale de Plainpalais, ainsi que dans les studios de Radio Vostok dans le quartier des Grottes, que la magie musicale a opérée, avec certaines prestations uniques, parfois personnelles et souvent enchanteresses.

Arthur Fu Bandini, ou l’explosion de nos sens

Habitué à programmer régulièrement les jeudi les Vostok Sessions, Antoine Minne (DJ Zebra) a le flair pour proposer des projets suisses émergents et des artistes ou groupes venus de France qui entrevoient le succès dans leur pays. Pour Voix de Fête, une collaboration avec la radio genevoise Vostok était finalement logique et le résultat fut éclatant. Car Arthur Fu Bandini est un personnage aussi discret qu’explosif sur scène.

Si avant le début du set la technique rencontrait quelques soucis, le Parisien ne s’est pas dégonflé. Son introduction, seul à la guitare sèche, fut d’une beauté étonnante : une prose ficelées avec précision et un jeu subtil aux cordes embarquent le public dans un monde surprenant.

© Victor Perrin

Celui-ci ne s’attend d’ailleurs pas à la déferlante à venir, où des synthétiseurs couplés au thérémine rendent l’expérience plus qu’intéressante, en témoigne son dernier morceau Nos coeurs font du free jazz. C’est l’une des pièces de son double album Ça n’a jamais été mieux avant.

Au fil du concert, des influences reggae-dub s’ajoutent à un post-rock incisif d’Arthur Fu Bandini. De quoi rendre le projet de l’auteur-compositeur-interprète français unique, qui mérite surtout d’être revu. Avec d’autres musiciens à ses côtés ? Difficile à dire, tant le multi-instrumentiste excelle en solo.

Malaka, le soleil venu d’Auvergne

C’est un projet assez hybride, entre folk-soul et zouk, qu’il était possible de découvrir en milieu de semaine sur la scène de la Guinguette de la Salle Communale de Plainpalais. Mercredi, deux femmes se sont avancées devant un parterre de curieux et curieuses. Deux sœurs, surtout, qui se complètent dans leurs façons de chanter… et ne se cherchent pas. Leur relation privilégiée est gage d’une certaine alchimie puisque Laurina & Sacha Moïsa se connectent sur scène.

Au travers de leurs textes, les Roannaises abordent des thèmes assez personnels, qu’il s’agisse de l’acceptation de soi à travers la chevelure afro que les souvenirs du zouk de leur père dansé dans la cuisine familiale.

© Victor Perrin

C’est touchant dans l’interprétation, parfois captivant lorsque les chorégraphies s’invitent dans la scénographie, et souvent qualitatif lorsque vient s’ajouter aux guitares la percussion de leur batteur attitré.

Il manque peut-être encore au trio une pleine assurance face à son public, le choix des mots entre les morceaux ou le jugement de ce qui est trop (ou pas assez) pour interagir pleinement avec lui. Mais nul doute que l’on verra bientôt Malaka sur le haut de l’affiche, tant le projet est prometteur et frais.

D’ailleurs, la talentueuse Flavia Coelho a fait honneur de sa présence l’excellent morceau Ulo du récent EP Mang… De quoi entrevoir tout le potentiel du projet porté par les soeurs Moïsa.

Sam Mallais, une voix percutante acadienne

À chaque édition de Voix de Fête, des partenariats sont tissés avec Coup de Coeur Canada, Coup de Coeur Francophone et Musicaction. Ces délégations, venues d’outre-Atlantique, permettent de faire découvrir au public genevois des artistes ou groupes du Québec ou d’Acadie aux influences musicales bien différentes de ce que la musique francophone européenne a tendance à offrir.

Après avoir mis en avant les talents de Lou-Adrianne Cassidy en 2023 ou Klo Pelgag en 2025, cette fois-ci c’est le Nouveau-Brunswick qui est à l’honneur. Sam Mallais ouvrait la soirée de mercredi au Théâtre Pitoeff avec son rock-soul chaleureux.

© Victor Perrin

Porté par une voix divine, extrêmement maîtrisée, le projet est appuyé par la sincérité du leader vocal Mallais, s’accompagnant au piano, mais aussi de trois autres musiciens. Batteur, bassiste et guitaristes s’attellent à déployer un son à la fois épuré et déconstruit. On ressent des influences blues parfois, qui tendent vers le psychédélique sans perde de vue le jazz fusion.

Ce concert témoigne de l’excellente qualité des productions québécoises, aussi efficaces que recherchées musicalement. L’artiste acadien présentait donc des pièces de premier album solo, Tu m’dirais quoi?, un 9-titres paru en 2023, entièrement enregistré en analogique (à écouter l’excellent titre À dos tourné). C’est le même ressenti qui se dégageait sur scène : un art brut, sans fioritures et sans artifice. La musique simple, et pure.