© Antoine Andreani

Pour sa 49e édition, le Paléo Festival a choisi de mettre les artistes féminines à l’honneur : avec une programmation composée à 55% de femmes ou de groupes menés par des femmes, il met en lumière celles qui font évoluer les contours de la musique actuelle. Halte au Club Tent, le temps d’un voyage entre les murs feutrés d’un club de jazz imaginaire, porté par la voix soul de la Genevoise Roxane. 


Il est 16h30 en ce vendredi de Paléo Festival, et le Club Tent bruisse d’une attente toute contenue. Sur scène, la Genevoise Roxane apparaît simplement – robe longue noire, petits talons, silhouette discrète – entourée de trois musiciens à la basse, à la batterie et à la guitare, dont les univers se complètent naturellement. Dès les premières notes, difficile de ne pas penser au célèbre refrain de Roxanne de The Police : une même manière de faire vibrer les graves avant de laisser la voix gagner en intensité. Mais Roxane s’éloigne rapidement de cette référence pour installer son propre univers, entre soul, groove et pop aux accents rétro.

Des graves de velours

La signature de Roxane, c’est justement sa voix – capable de passer d’une douceur presque murmurée à une ampleur plus brute, de descendre dans des graves texturés avant de s’ouvrir pleinement. Son timbre légèrement fêlé évoque parfois Amy Winehouse ou Etta James, avec une touche de spleen à la Beth Gibbons.

Chez Roxane, il y a surtout une forme d’intemporalité : une empreinte soul, un parfum de jazz club et une manière d’habiter les chansons qui fait dialoguer plusieurs générations. Cette identité se retrouve dans son premier album Still Waters Run Deep, réalisé à Londres avec une équipe ayant notamment travaillé avec Amy Winehouse, sur lequel Roxane mêle influences d’hier et sensibilité actuelle, sans jamais tomber dans la nostalgie.

© Antoine Andreani

Un écrin rétro

Même si son esthétique rétro est assumée – jusque dans son allure presque pin-up, sans jamais tomber dans la caricature – Roxane ne semble jamais jouer un personnage. Quand elle reprend It’s a Man’s Man’s Man’s World de James Brown, elle le fait seule sur scène, sans les hommes de son groupe à ses côtés. Un choix qui résonne avec le propos du morceau : sous ses airs d’hymne au pouvoir masculin, la chanson affirme surtout que ce monde ne serait rien sans les femmes. Porté par sa guitare et sa voix, Roxane en livre une interprétation à la dimension plus intime. Elle enchaine avec L’ivresse, son premier morceau chanté à moitié en français, à moitié en anglais. Le refrain, repris en chœur par le public, révèle toute la simplicité et l’efficacité du morceau : « Mais peu importe l’ivresse, je ne tomberai pas dans tes bras ».

Ce qui marque, au-delà de la technique, c’est la sincérité de l’artiste. Roxane ne cherche pas à surjouer sa présence : elle laisse sa voix, ses chansons et son univers parler pour elle. À l’heure où tout pousse à capter l’attention, elle fait presque l’inverse : elle la retient naturellement. Avec ses accents d’un autre temps et une énergie rock qui affleure derrière son univers feutré, Roxane installe un monde bien à elle pour un moment suspendu, sincère, et sans superflu.

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