© Paléo Festival 2026, Lionel Flusin

Pour sa 49e édition, le Paléo Festival a choisi de mettre les artistes féminines à l’honneur : avec une programmation composée à 55% de femmes ou de groupes menés par des femmes, il met en lumière celles qui font évoluer les contours de la musique actuelle. Tout au long de la semaine, nous partirons à la rencontre de ces figures singulières. Première escale avec SPRINTS, formation punk venue d’Irlande, et sa frontwoman Karla Chubb, véritable force motrice d’un groupe aussi engagé qu’explosif.


Formé à Dublin en 2019, SPRINTS s’inscrit dans la nouvelle scène punk irlandaise avec une musique qui mêle urgence brute et écriture intime. Porté par Karla Chubb – chanteuse, guitariste et autrice principale – le quatuor développe une musique à la fois abrasive et habitée, où le personnel devient politique.

Sur la scène du Club Tent du Paléo Festival, la frontwoman magnétique ne met que quelques secondes à imposer sa présence. Maillot de foot rose “ALPHA male” floqué du numéro 69, lunettes de soleil vissées sur le nez et verre de vin à la main, la chanteuse de SPRINTS débarque avec une assurance provocatrice.

« It’s a rock’n’roll fucking show – we are here to make some fucking noise! » lance-t-elle d’entrée. Le ton est donné.

Un Club Tent transformé en arène punk

Très vite, elle transforme le Club Tent en terrain de jeu collectif – y compris pour un public qui, pour beaucoup, ne connaissait pas encore le groupe en arrivant. La foule se densifie, s’électrise. Pogos, circle pits, mosh pits : l’énergie devient contagieuse. Karla Chubb ne se contente pas de chanter, elle orchestre. Elle fait s’asseoir, se relever, sauter, hurler. Elle balance son micro comme un lasso, comme pour mieux attraper un public déjà conquis.

© Paléo Festival 2026, Lionel Flusin

Sa présence scénique, habitée, flirte parfois avec une forme de figure christique – bras ouverts en croix, regard perdu derrière ses lunettes – presque hors du temps. Mais c’est dans sa voix que tout se joue réellement. Les morceaux démarrent souvent dans une forme de retenue, presque douce, avant de basculer sans prévenir.

Karla Chubb joue sur les contrastes avec une précision redoutable. Ce mélange de maîtrise et de débordement culmine sur des titres comme Desire, aux accents presque cinématographiques, quelque part entre saloon américain et fièvre nocturne ; ou encore Little Fix, titre plus sombre qui dénonce le sexisme et le syndrome d’imposteur auxquels les femmes peuvent être confrontées, notamment dans l’industrie musicale. Karla Chubb retire ses lunettes pour le morceau, laissant place à une intensité plus brute.

© Paléo Festival 2026, Lionel Flusin

Quand la rage devient manifeste

Car chez SPRINTS, la rage musicale s’accompagne d’une parole engagée. Sur scène, Karla Chubb évoque la montée de la haine et de l’extrême droite, les luttes à mener, scande « Free fucking Palestine » et rappelle l’importance de défendre les droits humains. Une parole frontale, sans filtre, à l’image de son écriture – intime, cathartique, profondément politique.

À Paléo, SPRINTS a réussi à dépasser son cercle d’initiés, embarquant les curieux dans une expérience aussi physique que collective. À la fin du concert, la chanteuse achève de brouiller les frontières entre scène et public : après avoir fait monter un membre de l’équipe technique pour jouer à sa place, elle se lance dans un dernier bain de foule en crowd surfing. Une démonstration de force avec, au centre de cette déflagration, Karla Chubb – incandescente, indomptable, impossible à ignorer.

Retrouvez SPRINTS le 7 octobre 2026 à Zurich.

© Paléo Festival 2026, Lionel Flusin