© Marc Ducrest (MJF)

Une salle, et deux ambiances pour cette dernière soirée du Montreux Jazz. D’un côté Van Morrison, qui communique peu avec son public. D’un autre, James Taylor, qui a été généreux sur scène. 


L’affiche au Stravinski avait de quoi réjouir un peuple bercé dans sa jeunesse par une folk expressive, militante parfois, et très sensible. Des hymnes qui ont tourné sans relâche sur le tapis de feutre de la platine vinyle, qui ont usé le diamant sur le bras de lecture à force d’aller et revenir sur le disque microsillon.

James Taylor, la générosité incarnée

Qu’attendre d’un artiste à la carrière XXL derrière lui, et par conséquent l’âge de cette grande expérience musicale et scénique ? Une sincérité marquante. À 78 ans, James Taylor a offert une heure et demie de moments intimes, festifs et de communion. En débutant avec Whenever, puis Rainy Day Man, le septuagénaire pose une ambiance musicale feutrée. Il affirmera que parmi ses quatre chansons d’ouverture, il y a des « recovery songs ». Ex-héroïnomane à son arrivée à New York dans les années 60’, il a réussi à s’en sortir par la chanson et l’aide de son père. 

Sur scène, un immense drapé froissé compose l’arrière-scène tandis qu’à l’avant, pas moins de sept musiciens et quatre choristes (!) accompagnent l’auteur de Mexico. Sur ce titre joyeux, l’apport notamment d’un percussionniste, d’un batteur (le sosie officiel de Richard Gere) et deux cuivres (les sosies officiels d’Albert Einstein et Steven Spielberg) offre une profondeur nécessaire à l’oeuvre majuscule de James Taylor. Ce sera le cas le long du spectacle. 

© Marc Ducrest (MJF)

Une communion avec le public… et son fils

Plus la soirée avance, plus les morceaux prennent une tournure d’hymnes partagés. Shower est appréciée, puis Steamroller dévoile les qualités des musiciens accompagnant le natif de Boston. Chacun place son solo, motivant la salle à accompagner Taylor pour cette deuxième partie du concert où seront joués You’ve Got a Friend, l’excellente Copperline et le hit Sweet Baby James. À ses côtés, son fils Harry tient les choeurs de façon admirable.

Un rappel avec Fire and Rain, puis How Sweet It Is (To Be Loved By You) donneront l’occasion de chanter à l’unisson une dernière fois les refrains iconiques de la star du soir. Close Your Eyes sera l’ultime moment de partage, en acoustique, avec un public ravi d’avoir revoir son idole de jeunesse. Il est minuit passé, les 4’000 spectateurs quittent le Stravinski. Pour certains, c’est l’heure de fermer les yeux…

© Marc Ducrest (MJF)

Van Morrison, un rendez-vous manqué

Hormis Moondance qui a rappelé des souvenirs 70’s chéris par beaucoup dans cet Auditorium Stravinski, Van Morrison a semblé avoir déçu en clôture de festival. Si un artiste est évidemment dans son droit de faire la part belle aux pièces de son récent album blues Somebody Tried To Sell Me A Bridge pour le promouvoir, un contexte aussi favorable que celui de Montreux (un bel écrin avec une foule intimiste) aurait sûrement mérité des classiques de son beau répertoire. Car le public en attendait sûrement plus de l’octogénaire. 

© Marc Ducrest (MJF)

Où étaient les moments rassembleurs? Absents, car ni Brown Eyed Girl, Into the Mystic, Day Like This ou Crazy Love n’ont été jouées.Où était l’échange avec le public ? Nulle part, tant Van Morrison était muet comme une tombe. Où était l’intensité musicale? Limitée, avec une retenue inexplicable des (excellents) instrumentistes sur scène. Étrange fait : c’est lorsque le Nord-Irlandais a quitté la scène sur la dernière que le groupe s’est lâché…

Dans un contexte ultra-confiné du Memphis, ce concert pleinement orienté blues aurait fonctionné. Ce n’était malheureusement pas le cas ici. Dommage, l’ancien Monarch n’aura pas été l’empereur du Stravinski…

© Marc Ducrest (MJF)