
Ils avaient marqué les esprits il y a deux ans, sur la scène du Lac, en extérieur. Cette fois-ci, au Stravinski, les Américains n’ont pas failli à leur réputation en dictant une ambiance festive dès les premières notes. Un concert immanquable, avec Loyle Carner en ouverture.
En début du Montreux Jazz, il y a deux semaines, RAYE faisait honneur aux grandes voix de la soul qui ont marqué l’histoire du festival. Pour (presque) clôturer cette 60e édition, c’est à Vulfpeck de faire renaître le funk. Et le groupe du Michigan ajoute à son arsenal sonore une énergie scénique de tous les instants, faisant de cette soirée de vendredi une immense fête. Ou une immense jam?
Entrée simple avant l’explosion des sens
En observant l’espace scénique, il est assailli d’instruments de toutes parts : peuvent être comptabilisés trois pianos, dont un orgue, une batterie, des percussions, une basse, un saxophone, et pléthore de guitares électriques. Avec neuf membres sur scène, Vulfpeck ne fait pas les choses à moitié. En regardant plus bas, de beaux tapis anciens couvrent certaines planches. Ils paraissent poussiéreux, rappelant ces objets récupérés en brocante pour couvrir le sol d’un local de musique. Il y a de quoi s’immerger, et finalement se croire aux premières loges d’une répétition entre amis. Et c’est exactement ce qu’a transmis le groupe vendredi.

Tout commence par une arrivée discrète du bassiste Joe Dart, aussi précis qu’un joueur de fléchettes. Il ne se fait pas attendre pour montrer sa dextérité sur sa basse Sterling beige avant que survienne le guitariste Cory Wong. Et là, c’est un troupeau qui débarque sur le Stravinski. Il s’installe à leurs instruments respectifs Tous les citer prendrait la moitié du texte, mais le groupe est au complet : neuf têtes souriantes, heureuses d’être là pour (refaire) l’histoire. Car oui, en 2024, tout le monde (ou presque) se souvient d’un solo de guitare sur le balcon d’un bâtiment en face de la scène extérieur du Lac. Un moment inoubliable qui fera date dans les mémoires du Montreux Jazz Festival.
Une autoroute de plaisir
Ce soir, c’est peut-être plus « convenu » qu’il ya deux ans : Vulfpeck se tient à sa scène, sans toutefois être avare de bonnes énergies pour le public. Tout s’enchaîne vite après une interminable 3 On E, où les musiciens interchangent souvent leurs instruments pour brouiller les pistes et présenter un vrai show humoristique. Est-ce préparé ou spontané? C’est la question qui se pose durant tout le concert. Mais on ne peut absolument pas rapprocher à Vulfpeck de ne pas donner un vrai spectacle (qui vaut son argent, et c’est le cas de le dire à Montreux).
1612 et Cory Wong font déjà danser les près de 4’000 spectateurs-trices (la plupart vivaient leur premier concert du groupe), avant qu’il s’extasie sur Animal Spirits avec ces multiples harmonies, parfois en voix de tête.

La suite? Une constance sans égal, une façon de traverser des compositions funk et soul sans le moindre pépin tout en conservant la force du groupe : cet interchangeabilité qui fait que l’on apprécie autant voir Joey Dosik au saxophone qu’au chant, ou Jack Stratton passer de la batterie au claviers. Sans oublier l’habillement de Woody Goss, comme un explorateur avec sa chemise beige et ses jumelles autour du cou. Déjantés.
Sans nul doute, Vulfpeck fait partie de ces formations capables de retourner une salle en seulement quelques morceaux. Elle le constatera sur un final dantesque mêlant talent fou de Joe Dart pour un solo bouclant la boucle (c’est lui qui ouvrait le concert), avant de terminer sur l’imparable Dean Town. Le public reprend les mélodies de la basse, c’est rare. Et magnifique.

Loyle Carner mêle rap et musique organique
Qu’il est bon de retrouver des instruments sur scène quand le rap est roi. C’est comme s’il bénéficiait d’une chappe et d’une couronne pleine de joyaux. Car les joyeux du génial anglais, ce sont bien ses musiciens. Accompagné notamment d’une guitariste au jeu subtil mais redoutable, d’un batteur cisaillant parfaitement ses futs et d’un claviériste-chanteur apportant des nappes modernes, Loyle Carner s’est bien entouré pour présenter son projet. Dans la salle, peu sont nombreux à le connaître puisque l’attraction est Vulfpeck. Et si bien que les styles musicaux sont différents, le dénominateur commun d’une musique léchée et précise est là.

Son entrée discrète sur All I Need, accompagné seulement d’une six cordes avant que le reste du groupe arrive, était bluffant. L’heure et demie de concert passe alors à vitesse grand V, où son joués des titres de son dernier album (All I Need justement, Horcrux, Lyin…) et son titre préféré : Still. Il y met toute sa rage au moment d’exprimer le mot sur ces instruments prenants, qui accompagneront magnifiquement ensuite le titre Speed of Plight. Connu et reconnu, mais à suivre la carrière de près tout de même!









