© Lionel Flusin (MJF)

Pour sa neuvième fois à Montreux, l’Anglais n’a pas déçu en retraçant le fil de sa carrière avec notamment ses plus beaux hits, ceux en solo ou en groupe avec The Police. Intemporel !


22 heures pétantes. Les musiciens entrent sur scène, dans une ambiance bleuâtre qui donne des signes avant coureurs de la chanson à venir. Un salut à la foule, avec sa basse cabossée en main, puis la caisse clair est martelée sans relâche. « Un-deux-trois-quatre » s’exprime alors Sting en français, qui lance son concert, sans surprise, sur le hit planétaire Message in a Bottle. Le public semble en phase de réveil tandis que Sting, du haut de ses 74 ans, carbure à l’élixir de jouvence. La diversité des cuirs chevelus, de gris à blond en passant par des chauves, prouve que sa musique est comme lui : à l’épreuve du temps. Elle accompagne des générations entières, comme si l’instant se figeait pour un soir. 

Une setlist XXL

Pendant plus de deux heures et demi, le chanteur-bassiste de The Police a fait oublier certaines arthroses, et débloqué des douleurs dorsales. Il a aussi fait découvrir, peut-être pour la première fois, cet univers rock-reggae si caractéristique à des jeunes qui n’auraient pas eu la chance de le voir lors de précédentes éditions du festival.

© Lionel Flusin

Ces musiques rassemblent, en témoigne Englishman in New York. Véritable hymne joué très tôt durant le concert (la quatrième des vingt chansons présentées ce samedi soir), les « Oh, I’m an alien, I’m a legal alien I’m an Englishman in New York » ont fait vibrer les murs du Stravinksi. Puis, comme pour la majorité du set, l’enchaînement est efficace. Pas de temps à perdre, c’est Every Little Thing She Does Is Magic qui sort du jukebox géant pour rappeler l’effervescence qui entourait The Police dans les années 80. 

Une fin en apothéose

Le trio sur scène, composé de Sting, Dominic Miller (guitare) et Chris Maas (batterie), est diablement efficace… et énergique. C’est d’ailleurs l’ADN de ce « STING 3.0 World Tour » : il fait la part belle à un effectif réduit sur scène, de sorte à capter l’énergie simple du moment pour retrouver la ferveur des premières années de sa carrière. C’était dit, ça s’est confirmé. On pourrait regretter un manque de profondeur musicale, surtout sur les projets solo de Sting souvent plus fournis, mais le recul permet de comprendre que les concerts sont avant tout un exutoire. Et quand celui-ci est réalisé avec précision, ça laisse des souvenirs mémorables.

Et la fin du concert fut l’apothéose attendue. Lancée assez tôt par l’excitante So Lonely, la dernière (grosse) demi-heure aura vu Desert Rose faire chanter et danser le peuple sur des sonorités du Moyen-Orient tandis que Every Breath You Take, un brin rapide, aura usé certaines cordes vocales de la salle. Le rappel, avec Roxane puis la sensible Fragile aura laissé des souvenirs impérissables aux milliers de personnes venues des quatre coins du pays.

© Emilien Itim

Les bonnes ondes de Maro 

L’artiste portugaise, qui chante en anglais, a donné un sacré air de vacances au public montreusien. Il faut dire que la scène, imposante pour elle et ses quatre musiciens, était affublée d’un fond visuel simple, mais redoutable. C’était l’impression d’un soleil couchant sur les côtes portugaises, où les couleurs chaudes se mariaient à un vent musical rafraîchissant.

Le projet de Maro est simple : une belle énergie déployée dans une folk pop pétillante, sensible. Elle amène parfois vers des magnifiques mélodies, comme l’en témoigne KISS ME. Face à un public venu principalement pour Sting, difficile de le motiver alors que la musique s’y prêtait. Mais avec persévérance, celle qui clama que « c’est un rêve d’être à Montreux » aura réussi à faire bouger et chanter les plus de cinq mille spectateurs-trices du Stravinski. La joie manifeste de l’artiste, malgré encore une forme de timidité lors des phases chantées, était le remède de beaucoup de choses ce samedi soir…

© Marc Ducrest (MJF)