Sacha Keable © Fanny Jetzer

Le temps d’une soirée de milieu de semaine, l’Auditorium Stravinski a accueilli mercredi deux figures féminines du R&B contemporain : l’une venue de South London, l’autre de Johannesburg.


Si toutes deux évoluent dans des univers proches, elles en proposent pourtant deux lectures très différentes. Sasha Keable mise avant tout sur la puissance de l’interprétation et la musicalité, tandis que Tyla construit un spectacle où la danse occupe une place centrale

Sasha Keable, la voix qui a conquis le Stravinski

L’artiste britannique d’origine colombienne, qui n’a pourtant pas encore sorti de premier album studio, a prouvé que la scène est son terrain de jeu. Avec une esthétique glamour, qu’elle incarne avec beaucoup d’élégance, elle casse cette image par une attitude plus frontale et décontractée, et captive immédiatement le Stravinski.

Inspirée par Kwn, Amy Winehouse ou Stevie Wonder, Sasha Keable navigue entre soul, R&B, et hip-hop avec une aisance déconcertante. Son registre vocal impressionne autant que sa capacité à changer de registre d’un morceau à l’autre.

Il ne faut d’ailleurs que quelques minutes pour comprendre à qui l’on a affaire. Feel Something, interprété au début du concert, dévoile une chanteuse capable de faire passer énormément d’émotion, portée par une mélodie particulièrement réussie et sublimée par les harmonies de choristes, cette première véritable démonstration vocale conquis déjà le public.

© Fanny Jetzer

Sans laisser retomber la tension, elle enchaîne avec Tai Chi, beaucoup plus nerveux et teinté de rap, qui fait instantanément monter l’énergie dans la salle. Deux morceaux qui résument parfaitement l’étendue de son talent.

Capable de descendre dans des graves profonds puis de s’envoler dans les aigus, Sasha Keable impressionne autant comme chanteuse que comme rappeuse, douce ou incisive, elle semble pouvoir tout faire.

Accompagnée d’un groupe live, elle revisite intelligemment ses morceaux sans jamais les dénaturer. C’est aussi ce qui fait la force du Montreux Jazz Festival : offrir aux artistes un espace où ils peuvent réinventer leur musique. Mention spéciale au pianiste et au guitariste, dont les solos apportent une véritable ampleur au concert.

Charismatique et drôle, elle multiplie les échanges avec le public. Elle n’hésite d’ailleurs pas à annoncer à mesdames être célibataire et les inviter à venir la retrouver au bar après le concert. 

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Tyla, un spectacle pop parfaitement maîtrisé

Après cette démonstration très musicale, place à un tout autre type de performance. Véritable phénomène mondial, Tyla était attendue par une foule de fans venus assister à son premier concert au Montreux Jazz Festival.

Entourée de six danseur·euses, l’artiste sud-africaine livre un spectacle extrêmement chorégraphié. Révélée à l’international grâce à la danse virale de Water en 2023, elle construit un concert très visuel, où décors, lumières et danse ont une place centrale. Pendant près d’une heure et demie, les interprètes enchaînent les tableaux avec un rythme impressionnant.

Le talent de Tyla est indiscutable. Elle maîtrise aussi bien le chant que la danse, une combinaison qui lui vaut déjà d’être comparée par certains à de grandes figures de la pop actuelle telles que Beyoncé ou Rihanna.

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On peut toutefois regretter l’absence totale de musicien·nes sur scène. Si le spectacle impressionne par sa précision, il laisse une sensation de superficialité, là où le Montreux Jazz Festival nous a habitués à des performances davantage portées par le live. Cette impression est renforcée par la configuration de la salle : dans un parterre entièrement debout, seule une partie du public profite réellement des chorégraphies, tandis que les nombreux téléphones levés limitent encore davantage la visibilité. L’ambiance met un peu de temps à décoller, même si des morceaux comme Truth or Dare sont repris en chœur.

Musicalement, Tyla mêle pop, R&B et amapiano, un genre électronique d’Afrique du Sud. C’est précisément lorsque ces influences prennent le dessus que le concert gagne en personnalité. Des morceaux comme Shake Ah donnent envie à toute la salle de danser, et l’on aurait aimé que ce style, moins connu en Europe, soit davantage exploité.

© Fanny Jetzer

Avant d’entamer les morceaux les plus attendus de la soirée, Tyla annonce la sortie de son prochain album, APOP, prévue dans moins de deux semaines. Puis vient l’incontournable Water. Quatre personnes du public sont invitées à monter sur scène pour reproduire la célèbre chorégraphie, sous les encouragements d’une salle enthousiaste. Un moment léger et sincère qui clôt le concert sur une belle note.

La programmation de cette soirée illustre très bien la diversité du R&B contemporain. Tyla a confirmé qu’elle était une véritable pop star en devenir, capable de tenir un spectacle d’une heure et demie avec une aisance impressionnante. Mais la plus belle surprise de la soirée reste sans doute Sasha Keable. Déjà remarquée avec son Tiny Desk Concert l’an dernier, elle a livré une performance généreuse, drôle et bluffante vocalement. Une artiste qu’on espère revoir très vite en Suisse.