Yamê © Antoine Andreani

Entre artistes émergents et confirmés, il y a chaque soir de quoi s’épanouir à Nyon devant les scènes du Paléo. Grande Scène, Vega, Club Tent : ces trois scènes font office d’un signal fort : celui de l’évolution d’un projet artistique. Focus sur Solann, Yamê et Camille Yembe.


En début de soirée, quand le soleil tape encore fort sur la Plaine de l’Asse, un maigre public se rend en direction de la scène la plus au nord-est du site du Paléo : Vega. À 17h30 est programmé une artiste qui commence largement à se faire un nom sur la scène pop francophone : Solann.

Solann, une montée en puissance

C’est à travers un morceau coup de poing, Rome, que la notoriété de la Parisienne explose. Une Victoire de la Musique plus tard, en 2025, elle collaborera aussi avec le Canadien Patrick Watson sur son album Uh Oh. Une carrière qui prend désormais l’ascenseur. 

Et à vrai dire, sur ce concert à Vega, ce n’est pas tellement Rome qui marquera les esprits spuisque son répertoire propose d’autres sujets intéressants. Le public, qui deviendra de plus en plus nombreux au cours de la prestation, n’aura pas été insensible à l’évolution du live : une entrée en matière plutôt discrète, sensible, où le ukulélé est même de sortie sur Petit Corps, qui exprime un mal-être corporel lors de l’adolescence.

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Elle assume composer des morceaux « pas toujours joyeux », avant d’affirmer que l’un d’eux est tout l’inverse : L’Oiseau. C’est d’ailleurs un point de bascule, puisque la confiance sera établie entre Solann, la scène et son public, car s’enchaîneront des titres dansants avec Rome, Thelma et Louise (sans Yoa)et Les Ogres.

L’heure de concert se terminera par plusieurs pièces qui tabassent, dont Tout Cramer et Le Loup. Le batteur Martin Tamisier fait frémir les futs, tandis que le claviériste Rémy Fanchin envoie des basses lourdes. Solann, qui a pris la mesure du concert, a bien plus de coffre qu’au début du concert. C’est vraiment grâce à cette deuxième partie de concert que l’on s’aperçoit du potentiel de la Française, qui peut réellement proposer un parcours émotionnel fin sur son set.

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Yamê, le discret du 95 devenu grand

Dès que les dernières notes de Solann se sont tuent, c’est direction la Grande Scène qu’il fallait se rendre pour constater le phénomène post-Covid nommé Yamê. Emmanuel Sow, de son vrai nom, c’est fait une place sur la scène musicale francophone en 2023 grâce à Bécane, un titre composé par lui-même qui prendra une tournure exceptionnelle lors d’une session COLORS. La diffusion est virale et entraîne la parution d’un single officiel, qui marque le début d’une carrière hors-normes en si peu de temps. 

C’est dans le cadre de son premier album Ébêm, sorti en juin 2025, que le Franco-camerounais parcourt les plus grandes scènes de festivals, entre la France, Belgique et désormais la Suisse. Il y a eu d’autres occasion de rencontrer l’artiste, lui qui a performé à l’Alhambra ou aux Spotlight Sessions du Montreux Jazz. Mais jouer devant potentiellement 40’000 personnes, c’est plus impressionnant. 

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Certes, moins de public assistera à ce concert mais le parterre est sacrément bien garni pour l’heure (18h40), sachant que certains arrivent ou d’autres sont déjà aux stands de nourriture. Des enfants et adultes se côtoient, puisque la musique de Yamê est accessible. C’est autant des envolées vocales que des rimes, c’est autant de la pop que du rap. Il navigue entre les styles, déconstruit les morceaux par son timbre si spécial. Sur scène, ses musiciens font en sorte que la sauce prenne, particulièrement le duo basse-batterie qui est d’une efficacité redoutable. Si évidemment Bécane fera son effet, le titre Totem (en collaboration avec Lamomali, -M-, Fatoumata Diawara, Toumani Diabaté et Balla Diabaté) et le nouveau single On my mind. Le public aura timidement chanté dessus, mais il aura de toute évidence apprécié la prestation globale de l’auteur-compositeur et interprète. 

© Antoine Andreani

Camille Yembe, un talent qui va éclore

Pour conclure cette tournée des artistes francophones d’aujourd’hui et demain, cap sur la géniale scène du Club Tent. Véritable poumon de découvertes, avec des artistes inconnus qui deviennent souvent des artistes destinés à Vega et la Grande Scène, le chapiteau situé à l’entrée du site du festival du Paléo présentait un projet belge qui monte : Camille Yembe. 

Pour sa deuxième fois en Suisse, après les Créatives en novembre 2025 (voir notre chronique ici), la Bruxelloise semblait impressionnée. Sur ses premiers morceaux, elle est encore discrète, ne semblant pas faire pleinement confiance à sa belle voix. Soutenue par deux musiciens, et un public avenant, l’artiste de 29 ans gagne après quelques minutes en insouciance : le concert se débride et les effluves assez rock du set se manifestent. 

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Elle est d’ailleurs assez fière de pouvoir présenter son album Jeune et Laide, sorti deux mois plus tôt, avec ses quelques morceaux marquants : Je ne l’ai jamais dit à personne ou Long métrage. Elle conceptualisera ce LP autour d’une métaphore qui lui tient à coeur. « Peut importe qui on est d’où on vient, notre origine, on peut tous briller comme une étoile », dira-t-elle au public du Paléo. Avec confiance et persévérance, il est probable qu’une prochaine étoile qui brille se nomme Camille.

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