Theodora © Amélie Chatellard

Jeudi, synonyme de 4e jour de la semaine. Mais la pensée des gens était celle que la moitié du festival était déjà là. Les heures passent à une vitesse folle et pourtant le temps s’est totalement arrêté dans la cité nyonnaise. Seule l’énergie des artistes et celle des fêtards·es s’écoulait à travers la Plaine de L’Asse. 


BOSS LADY en Suisse 

Pour les plus attentifs·ves, le show était un tantinet déjà connu. Étrange, diriez-vous. La question « comment ? » pourrait être posée à juste titre. La réponse est très simple : des easter eggs ont été affichés sur les grands écrans, faisant patienter la Grande Scène. Ces teasings avaient pour buts d’aiguiller le public sur les musiques qui allaient être jouées. Pourtant, ces petits clins d’œil, n’ont rien enlevé à la découverte de la setlist choisie. 

Si le nom de ou de la créateur·rice de sa tenue n’est pas connu, une analyse mérite d’être faite. Elle nous a fait l’honneur de se présenter sous un ensemble haut en couleurs : le haut de son corset était rouge et blanc, le milieu de la pièce était placé sous la bannière d’une abeille et, quant à la partie maîtresse, du rose et du noir cendré pouvaient se voir. Un air de burlesque moderne et hybride ressortait de cet ensemble. Il y a un côté patchwork contemporain. Une jupe bouffante sous influence pop-fashion et des accessoires XXL. 

© Amélie Chatellard

Son ensemble n’a pas été la seule excentricité de ce concert. L’outil portant sa voix était tout aussi iconique. Digne de la teinte de la panthère rose, son instrument vocal n’a laissé personne dans l’indifférence. Pour le micro, c’est le designer Rohan Mirza qui l’a créé. Poings-américains, stripteaseuse ou encore musique sont les mots clés pouvant décrire l’objet. Une femme sur une barre de strip portant des ailes d’ange assemblée par un écriture texturisée portée par l’acronyme SML4 « Sexy Music 4 Life ». D’ailleurs, toute la scénographie a été pensée pour donner vie à l’univers si unique de Theodora. L’infrastructure centrale était la « BBL Tower », qui est une métaphore de son empire artistique.

Boss Lady nous a chanté Des mythos, faisant référence à une relation du passé, aux mensonges, à un environnement toxique et de la manipulation. Il y a également des références culturelles de toute part, telles que Serge Lutens, Ben Wiseman ou encore Karaba la sorcière, qui lutte contre les violences des hommes faites aux femmes. 

© Amélie Chatellard

Une histoire d’amour, mais dans un tout autre registre qui est sorti au mois de juin dernier : Be My Valentine. C’est une ambiance kitsch des années 70-80 dans la capitale française. Des balades à Montmartre, le générique des Feux de l’Amour pour le coté vintage. Le mélange idéal pour une douce romance mettant du baume au cœur aux festivaliers·ères présents·es.

Miss Kitoko a vendu bien des surprises pour cette soirée, mais comment ne pas parler de l’arrivée de Disiz sur Melodrama. La foule ne pouvait que s’y attendre après le spectacle donné par l’interprète de RENCONTRE plus tôt dans la journée. Le show a pris fin sur FASHION DESIGNA, qui a absolument mis tout le monde d’accord. Aucune personne du public ne s’est retenue de danser durant toute la représentation. Le plein d’énergie a été fait. 

© Amélie Chatellard

Une bande oui…mais pas comme les autres

Est-ce réellement nécessaire de présenter le groupe aux personnages fictifs ? Non, mais la création de ce projet musical est si fascinante qu’une introduction est finalement obligatoire. C’est par la rencontre de Damon Albarn et Jamie Hewlett que naquit Gorillaz. Chaque membre a sa personnalité, sa propre histoire.

Le quatuor est composé notamment de 2-D (Stuart Pot), le chanteur/claviériste : c’est l’âme sensible des quatre, celui qui se fait un peu avoir parfois, car naïf. Murdoc Niccals est à la basse. C’est l’antithèse de 2-D : sa personnalité est ce qu’il y a de plus détestable, mais malheureusement (ou heureusement), il est indispensable au groupe. Noodle, pour la guitare et la voix, est l’enfant prodige : intelligente, calme, mais surtout indépendante. Et pour finir, il y a Russel Hobbs pour la batterie et les percussions. C’est le spirituel de la clique, hanté par des amis décédés, qui ne jure que par le hip-hop.

© Anne Colliard, Paléo Festival 2026

Pour la dernière représentation de la Grande Scène, Gorillaz a emmené la foule dans des univers totalement délirants, même parfois déjantés. Pendant nonante minutes, la foule du festival s’est vu offrir un voyage en première classe. Les fans ont pu se remémorer des souvenirs et s’en bâtir de nouveaux. C’est avec The Mountain, première chanson du dernier album, que l’ascension débute, laissant planer une atmosphère transcendante par son introduction à la bansuri (flûte traditionnelle indienne), suivie par d’autres instruments venant du pays du Gange.

L’histoire de la troupe s’est écoulée tout au long de la soirée, sillonnant différentes phases : la totale décadence, l’apocalypse et la presque perdition de l’humanité, avec des titres comme The Last Living Souls ou Kids with Guns. Les morceaux tels que Rhinestone Eyes et On Melancholy Hill sont davantage sujets à l’artificialité du monde et au consumérisme, qui se traduit par un monde au ton pastel et futuriste rétro.

© Ludwig Wallendorff, Paléo Festival 2026

Afin d’apporter encore plus de densité au show, plusieurs musiciens étaient présents, les chœurs ont donné de la résonance et Damon Albarn a été la soudure de cette structure. Des lumières plein les yeux, les clips vidéo défilant sur les écrans et des mains levées de partout… c’était peut-être l’un des concerts les plus attendus de cette Grande Scène.

Mieux qu’une séance chez le psychologue 

La Véga a été une sacrée veinarde. L’artiste belge, Amelie Lens, a présenté au dernier public du jour son nouveau projet, qui sortira le 4 septembre prochain. Une atmosphère de fin du monde régnait sur la place. Des lumières rouges et des flashs bleus violacés apparaissaient de partout.

© Amélie Chatellard

Un set d’une quasi-rédemption, d’une purification pour certains·es et peut-être même d’une libération émotionnelle pour d’autres. D’une part, il y avait ce côté cathartique et, d’autre part, un besoin de se déchaîner émanait de tous les corps qui dansaient. C’était une rencontre à l’unisson entre deux horizons d’un mélange d’émotions.

Ce genre d’état mental a simplement été possible grâce à Amélie Lens et à ce qu’elle renvoie avec son aura et la musique qu’elle crée. Elle s’en imprègne, la travaille et la fait littéralement exploser à travers des dizaines de caissons de musique. Même après une journée éreintante, il restait encore aux tapeurs·ses de pied de la ressource pour se défouler aux côtés de la DJ.

Avec un programme comme celui-ci, une bonne nuit de sommeil a dû être vitale.

D’autres photos de la soirée par Amélie Chatellard avec aussi Miki, Marie Jay et Ino Casablanca