© Selma Mehlum – Festi’neuch

Après une deuxième soirée marquée par la pop, le rap et les sonorités électroniques, Festi’Neuch a changé d’ambiance vendredi. Sur les rives du lac, la troisième journée a fait la part belle à l’énergie punk et aux artistes indépendants. Revue du jour 3 avec Sour Shots, Fluffy Machine, Miki et Kneecap. 



Sour Shots, la relève neuchâteloise

Sur la scène dédiée aux artistes émergent·es, les Neuchâtelois·es de Sour Shots ont donné le coup d’envoi de la soirée avec un garage punk-rock incisif et spontané.

Malgré leur jeune âge, les membres du groupe affichent déjà une belle assurance sur scène. Mention particulière à la chanteuse, dont la voix puissante et l’énergie communicative ont immédiatement capté l’attention du public. Toujours en mouvement, elle a occupé l’espace avec aisance, portée par un groupe visiblement soudé. Les musiciens avaient également soigné leur identité visuelle, avec des tenues coordonnées dans des tons jaune, rose et bleu rappelant l’univers graphique du projet. Une prestation prometteuse qui confirme le dynamisme de la scène locale.

© Selma Mehlum – Festi’neuch

Fluffy Machine : du skate-punk et beaucoup d’humour

Changement de décor avec Fluffy Machine, groupe valaisan totalement déjanté. Leur skate-punk aux accents californiens a apporté un vent de légèreté et de vacances sur le festival.

Avec leurs riffs rapides, refrains accrocheurs et interludes absurdes, leur concert est un joyeux moment festif. Leur univers coloré se retrouve autant dans leurs morceaux que dans leurs tenues fleuries et excentriques. Parmi les moments les plus inattendus du concert, une partie de badminton improvisée dans le public, avec les membres du groupe pour tenir le filet a déclenché une ambiance très légère et drôle.

Le groupe a également interprété une chanson inspirée du vol de la voiture de l’un de ses membres, une histoire que les fans avaient pu suivre sur les réseaux sociaux. Une anecdote transformée en morceau qui résume assez bien l’esprit de Fluffy Machine : transformer les galères du quotidien en moments de fête.

© Lisa Bertoldi – Festi’neuch

Miki, l’étoile montante de la city-pop francophone

La transition vers des sonorités plus douces est venue avec Miki. L’autrice-compositrice franco-coréenne s’impose progressivement comme l’un des nouveaux visages à suivre de la scène francophone.

Portée par le succès viral d’Échec et mat et par la sortie de son premier album Industry Plant en 2025, la chanteuse propose une pop électronique aux influences city-pop. Sa voix douce, et mélodies éthérées, contraste avec l’énergie des concerts qui l’ont précédée. Elle a cependant un ton très direct, parle de la vie de tous les jours avec simplicité et propose un concert qui parle au public. 

Le moment le plus marquant est sans doute celui où elle s’est retrouvée au milieu du public, entraînant les spectateur·ices à tourner autour d’elle. Une scène amusante car, une heure avant, le bassiste de Fluffy Machine a proposé la même expérience.

L’énergie incendiaire de Kneecap

Le concert de Kneecap, trio nord-irlandais, était très attendu. Composé de deux rappeurs et d’un DJ, s’est imposé ces dernières années comme l’un des groupes les plus singuliers de la scène hip-hop européenne. Leur particularité, rapper majoritairement en gaélique irlandais, une langue que le groupe contribue à remettre en lumière auprès d’une nouvelle génération. Leur notoriété a franchi un cap avec la sortie du film Kneecap, inspiré de leur parcours, avant une tournée internationale qui les a conduits sur les plus grandes scènes européennes.

À Neuchâtel, le trio a livré un concert aussi festif que frontal. Portés par des productions explosives, les morceaux se sont enchaînés sans temps mort, transformant les rives du lac en immense piste de pogos.

© Amélie Chatellard – Festi’neuch

Mais derrière l’énergie, le message reste central. Kneecap s’inscrit dans une tradition anticolonialiste irlandaise, dénonçant l’héritage de la domination britannique en Irlande et les différentes formes d’impérialisme contemporain. Tout au long du concert, les prises de parole et les chansons ont également exprimé leur soutien à la Palestine et dénoncé le massacre en cours à Gaza.

Pour autant, Kneecap n’abandonne jamais l’humour. Entre deux morceaux engagés, le groupe a multiplié les blagues provocatrices, demandant notamment au public de leur remettre toutes ses drogues. Une manière de rappeler ce qui fait leur force : mêler irrévérence, fête et contestation dans un même élan. Porté par un public particulièrement réceptif, le trio a offert une conclusion explosive à cette troisième soirée de Festi’Neuch.

De la fougue locale de Sour Shots à l’énergie militante de Kneecap, en passant par l’humour de Fluffy Machine et la douceur électronique de Miki, cette troisième soirée a démontré une nouvelle fois la force de la programmation de Festi’Neuch : faire cohabiter des univers très différents tout en conservant une véritable cohérence. Une soirée où le punk, sous toutes ses formes et ses influences, s’est fait entendre sur les bords du lac.

© Amélie Chatellard – Festi’neuch