Liniker © Emilien Itim (MJF)

Le temps d’une soirée, les chanteuses Liniker puis Naïka ont transformé la mythique salle du Jazz Lab en une immense fête. Véritable éloge des scènes latino-américaines, cette programmation a mis en lumière toute la diversité et la richesse musicale du continent, d’abord avec le Brésil, puis avec Haïti.


Liniker, la brésilienne solaire et puissante

L’artiste originaire de São Paulo, accompagnée d’un groupe de treize musicien·nes, mêlant cuivres, chœurs, percussions, guitares et basse, a rempli la salle de son énergie communicative et de sa voix puissante, transportant instantanément le public au Brésil. Pour sa seule date suisse, c’est naturellement au Montreux Jazz Festival qu’elle se produit, tant sa musique trouve ici un écrin idéal.

Inspirée par Etta James ou Gilberto Gil, elle mêle soul, musiques afro-brésiliennes et jazz, avec des sonorités teintées de samba. Elle défend sur scène son dernier album, CAJU, largement récompensé aux Latin Grammy Awards. Son entrée est d’ailleurs mémorable : en dansant, elle lance le concert avec Tudo, morceau pop irrésistiblement dansant qui conquiert immédiatement le public.

© Lionel Flusin (MJF)

Véritable star au Brésil comme à l’international, Liniker laisse pourtant une grande place à ses musicien·nes, offrant à chacun·e un moment pour briller. Elle invite également sur trois morceaux le pianiste brésilien Amaro Freitas, pour une parenthèse plus calme, introspective et romantique. Soutenu par la Montreux Jazz Artists Foundation, ce grand nom de la scène jazz brésilienne partage avec Liniker une magnifique complicité. Son impressionnante improvisation au piano, sous le regard admiratif de la chanteuse, constitue l’un des grands moments du concert. Rejoint ensuite par l’ensemble de l’orchestre, il offre au public un véritable frisson.

La fête reprend ensuite de plus belle. Liniker clôt son set avec Pote de Ouro puis Charme, offrant une fin lumineuse à cette célébration de la musique et de la culture brésiliennes. Le public repart le sourire aux lèvres, prêt à accueillir l’artiste suivante.

Liniker au Montreux Jazz Festival en 2026

Naïka, la franco-haïtienne brillante et multi-culturelle

Après avoir séduit le public des MJF Spotlight Sessions à Villars l’hiver dernier, Naïka retrouve Montreux, cette fois sur la scène du Jazz Lab, dédiée aux artistes qui marquent l’actualité musicale.

La chanteuse entre avec une véritable aura de star. La scénographie, inspirée de l’univers de son dernier album Eclesia, plonge immédiatement la salle dans une atmosphère tropicale : couchers de soleil, palmiers, fleurs et couleurs chaudes prolongent le voyage initié quelques minutes plus tôt par Liniker.

Nouvelle figure montante de la scène internationale, Naïka propose une musique où se rencontrent pop, neo-soul, R&B, kompa et sonorités caribéennes. Son ascension s’est accélérée cette dernière année, notamment grâce à One Track Mind, dont le couplet en créole est devenu viral.

© Claire Cantone

Cette richesse musicale reflète parfaitement son parcours. Née aux États-Unis d’une mère haïtienne d’origine libanaise et palestino-syrienne, et d’un père français né et élevé à Madagascar, elle a grandi entre Paris, la Guadeloupe, le Kenya, l’Afrique du Sud, le Vanuatu et les États-Unis, où elle a étudié au Berklee College of Music de Boston. Cette pluralité d’influences traverse tout son concert. Elle passe avec une étonnante fluidité du français à l’anglais puis au créole, faisant de ses langues autant d’éléments constitutifs de son identité artistique.

Ce thème devient même central lorsqu’elle introduit Layers, en s’adressant « to my inbetweeners ». Elle évoque avec sincérité ce sentiment d’appartenir à plusieurs endroits à la fois, tout en ayant parfois l’impression de n’appartenir pleinement à aucun.

Haïti demeure pourtant son principal point d’ancrage. Tout au long du concert, elle en parle avec une immense fierté, improvise un mini cours de créole avec le public, rend hommage au chanteur haïtien Gérard et termine un morceau en brandissant un drapeau haïtien récupéré dans la foule, sous les acclamations.

© Claire Cantone

Au-delà de ce discours, Naïka impressionne aussi par sa maîtrise vocale, capable de passer d’une puissance éclatante à une douceur sensuelle. Sa reprise de Killing Me Softly with His Song transforme le Jazz Lab en immense chœur, tandis que 1+1 et One Track Mind font danser toute la salle.

Elle conclut son concert en apothéose avec Different, laissant derrière elle un public conquis.

Si leurs univers musicaux diffèrent, Liniker et Naïka partagent un même fil rouge : celui de l’identité, de l’appartenance et de la fierté de représenter leur pays. Toutes deux célèbrent leurs racines sans les figer, les nourrissant de multiples influences et de parcours de vie singuliers. Le temps d’une soirée, le Jazz Lab s’est transformé en un espace de fête, de partage et de revendication culturelle, où la musique est devenue autant un terrain d’expression qu’un acte de représentation.