© Jessica Lucisano

Le plus petit des grands festivals romands revient cette fin d’été avec une programmation exceptionnelle. Pour sa soirée d’ouverture, la Nox Orae 2026 a proposé un tryptique rock oscillant entre des moments planant et explosifs. Récit.


La reprise des cours, les séances de travail qui reprennent et les vacances qui se terminent : c’est comme si une vague venait bouleverser les âmes chaudes de la Tour-de-Peilz… mais ce chaos ne s’est pas fait ressentir au Jardin Roussy aux côtés de Lea Martinez, Kurt Vile & The Violators et Babyshambles.

Babyshambles, les enfants terribles de Londres

C’est par une brève salutation que le groupe fait son entrée, avec un rappel d’une venue en Suisse il y a bien longtemps. Mais ce n’est pas ce qui a directement capté le public : c’est plutôt la question du chanteur qui demande « Who’s drunk ??? ».

Évidemment, après une sortie de la sorte, des rires se font entendre dans la foule, et Pete Doherty rétorque : « Moi ? Jaaaamais ». Petite blague à caractère autodérisoire, qui indique clairement la personnalité de la bande anglaise.

De la pop/rock indépendante, du garage rock avec de légères sonorités grunge se font entendre. Certaines chansons ont une résonance de malice, de petit gosse qui fait une bêtise sans incidence, comme avec le titre I Wish. Automatiquement, cela donne envie de sourire. Pourtant, il n’y a pas que les enfants qui ont cet esprit de tête en l’air : les adultes aussi… Le chanteur, un peu chancelant sur scène et dans un monde d’ivresse, a embarqué la Nox Orae avec lui. Et comme le proverbe le dit si bien : « plus on est de fous, plus on rit ». Drew McConnell et Mick Whitnall à la guitare sont dans cette spirale d’excentricité.

© Jessica Lucisano

Un titre de l’un des plus grands classiques de Disney a été joué, La Belle et la Bête. Néanmoins, pas du tout avec les mêmes intentions : ici, le registre est davantage tourné vers un amour trash, toxique et marqué par les scandales médiatiques.

Dans une direction moins chaotique, mais un tant soit peu plus nostalgique, l’interprète aux cheveux blancs a fait un petit clin d’œil à sa vieille amie Amy Winehouse. Cependant, durant cette soirée, elle n’a pas été la seule présente : il y a quelques jours, un bouleversement dans le monde de la musique a eu lieu avec le décès de l’iconique Dolly Parton, ce qui nous a valu une jolie reprise du célèbre titre Jolene.

Le concert s’est terminé sous un tonnerre d’applaudissements qui s’entendait bien au-delà du festival, en présence d’une presque pleine lune.

Kurt Vile, ou le mec cool

Un peu plus tôt, un gars de Philadelphie. Au fond de la scène, sur un panneau digne d’un dive bar américain est écrit : « VIDEO NITE BEER BUST SUP MAYN KV’S BEEN GOOD TO ME ». Ambiance VHS, notes imparfaites, du brut, de la bière, des potes, du langage familier… ce qu’il y a de plus cool finalement. C’est une description à l’image de l’artiste aux cheveux longs, à la chemise à carreaux, qui fait du rock, de l’indie rock aux influences country.

© Jessica Lucisano

C’est bouteille en verre à la main que Kurt Vile arrive devant un parterre de gens déjà bien installés et tout ouïe. La chaleur des États-Unis se fait aussitôt entendre dès les premières notes de musique. Les ondes résonnantes dans la foule sont calmes, tendres et berçantes. Il suffit de s’imaginer un coucher de soleil rouge-orangé entouré d’un champ de blé, tout en étant touché par des rayons encore chauds, pour comprendre l’univers de sa musique.

D’une voix rauque, embrumée et qui grésille à l’oreille, le Pennsylvanien a joué des titres comme 99 BPM, Mount Airy Hill ou encore une interprétation en solo à la guitare de son morceau Slow Talkers. La deuxième représentation de la soirée a pris fin avec Wakin’ on a Pretty Day.

De la foule à la scène

La première artiste, Lea Martinez, a connu les deux facettes de la Nox : être derrière les projecteurs et devant. L’artiste a expliqué au public avoir été spectatrice du festival pendant ses études, avant d’y jouer. Gentiment mais sûrement, plusieurs petites têtes se font voir proches de l’infrastructure scénique. Le concert a été présenté comme une invitation à penser à de beaux moments vécus, à un instant d’introspection fait en douceur. C’est une voix claire, douce et qui porte. Elle n’a pas besoin d’élever le ton pour se faire entendre.

Une pensée pour son grand-père s’est manifestée grâce au titre chanté en espagnol Ahora. Des pièces de son EP ont aussi été joués, comme Low Tide ou The Valley. C’est une artiste engagée qui n’a pas de peine à le faire savoir devant son public. Il y a aussi une mini parenthèse sur les normes sociales, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. La psychologie s’est invitée à la Nox Orae.

Le Festival Nox Orae continue de proposer jusqu’à samedi un programme de feu, avec notamment Mogwai le vendredi et Wilco le samedi. Toutes les infos à retrouver sur le site officiel.