
Pour sa 49e édition, le Paléo Festival a choisi de mettre les artistes féminines à l’honneur : avec une programmation composée à 55% de femmes ou de groupes menés par des femmes, il met en lumière celles qui font évoluer les contours de la musique actuelle. Tout au long du festival, nous sommes partis à la rencontre de ces figures singulières. Groupe vocal finlandais formé en 2012, Tuuletar mêle traditions nordiques, beatbox, pop et musiques du monde. Quatre voix, une multitude d’influences et la voix comme instrument à part entière. Rencontre.
Un réveil à quatre heures du matin, trois heures de voiture et deux avions plus tard : le trajet jusqu’à Paléo avait tout d’un marathon pour le groupe finlandais Tuuletar. La veille encore, les quatre musiciennes jouaient sur scène en Suède. Une arrivée pour le moins sportive, mais qui ne semble pas avoir entamé leur énergie.
Si la formation qui se présente à Nyon est bien composée de quatre chanteuses, elle n’est toutefois pas exactement celle qui constitue habituellement le groupe. Venla Ilona Blom, Sini Koskelainen, Piia Säilynoja et Heli Lyytikäinen sont ainsi réunies sur scène. Cette dernière remplace exceptionnellement Johanna Kyykoski, membre originale, retenue en Finlande cet été pour une tournée avec Vesala, grande figure de la pop finlandaise. Une situation particulière pour Heli, qui ne chante que son deuxième concert avec Tuuletar, après une première expérience la veille.
Une alchimie vocale entre tradition et modernité
Tuuletar fait référence à l’esprit ou à la déesse du vent dans la mythologie finlandaise. Un nom à l’image d’une musique difficile à enfermer dans une seule catégorie. Les quatre chanteuses mêlent, en effet, l’héritage des traditions folkloriques finlandaises à des influences beaucoup plus contemporaines : hip-hop, beatbox, pop et musiques du monde. Le tout sans aucun instrument. Ici, les voix font tout – et peuvent, tour à tour, devenir mélodie, rythme, basse ou percussion.

Le groupe se forme en 2011, lorsque trois de ses membres se rencontrent à la Royal Academy of Music d’Aarhus, au Danemark. Très vite, elles découvrent une véritable alchimie entre leurs voix. « Il y avait comme une magie dans l’air, nos voix se mélangeaient très bien », racontent-elles. L’un de leurs premiers concerts les emmène face à un public pour le moins inattendu : une salle remplie en majorité de jeunes Danois amateurs de heavy metal. « Ils étaient complètement bluffés, et on s’est dit : si on arrive à toucher ce public, on peut probablement en toucher beaucoup d’autres. » Une intuition qui ne tardera pas à se confirmer, puisque Tuuletar fera ensuite voyager sa musique bien au-delà de la Finlande.
Leur musique se nourrit de plusieurs influences : la nature nordique, la culture finno-ougrienne, la langue finnoise, les musiques du monde et la pop. « La voix est un instrument et les chanteuses sont des musiciennes », défendent-elles. Cette approche leur permet de jouer avec la voix sans lui imposer de frontières : la pousser, la déformer, la faire dialoguer avec les autres et explorer tout ce qu’elle peut produire. Une manière ludique et instinctive de composer, qui explique peut-être aussi pourquoi leur musique peut passer d’un univers à l’autre sans jamais perdre son identité.
Une identité au-delà des étiquettes
Tuuletar est devenu un groupe exclusivement féminin presque par hasard. « C’est simplement arrivé », expliquent-elles. Elles en mesurent pourtant la portée, notamment dans des contextes où les femmes restent moins visibles sur scène, comme dans le beatbox. « C’est un honneur de pouvoir montrer que quatre femmes peuvent aussi prendre toute la place sur une scène ».
Le groupe refuse toutefois d’en faire son identité première. « La musique est toujours au centre », insistent-elles. Elles souhaitent néanmoins devenir des modèles pour les plus jeunes, et leur donner le courage d’essayer, de créer et de s’affirmer. Une volonté qui rejoint leur conception très libre de la voix : ne jamais lui imposer de fonction, mais la laisser évoluer, se transformer et dialoguer avec les autres. « On veut vraiment embrasser cette idée et utiliser la voix de manière expressive, avec plusieurs facettes et de façon amusante. »

Des voix qui voyagent au-delà de la musique
Cette richesse sonore explique peut-être aussi pourquoi leur musique trouve si naturellement sa place à l’image. Tuuletar a notamment vu l’un de ses morceaux apparaître dans l’univers de Game of Thrones, une association qui leur a ouvert les portes de nouveaux publics. « Ce n’était pas intentionnel », précisent-elles. Mais leurs compositions, avec leurs sonorités organiques et leurs paysages vocaux, semblent naturellement se prêter à la fiction. « C’est très facile de s’y immerger. »
Le groupe poursuit d’ailleurs cette exploration à l’écran. Après avoir participé à une précédente production d’un compositeur et réalisateur finlandais, Tuuletar retrouvera bientôt son univers pour sa prochaine réalisation, attendue en 2027. Une nouvelle occasion de faire voyager leurs voix dans un autre univers. On se réjouit.








