
Sur la Plaine de l’Asse, dans les backstages de la scène Belleville du Paléo, LastNite était sur le qui-vive pour rencontrer la DJ Française avant d’entrer dans son monde old-school et engagé.
C’est dans un container blanc, à l’abri de la chaleur étouffante de ce mois de juillet et du bruit du festival qu’un échange profond s’est réalisé avec Camille Doe. L’artiste de Pessac, à côté de Bordeaux, habite désormais la capitale française depuis 10 ans. Et entre Paris et sa région, la Française a habité assez longtemps en Australie et en Amérique du Sud pour trouver sa voix… et sa voie : la musique.
Parmi donc tes expériences hors de l’Europe, as-tu eu l’impression d’avoir une multitude de vies ?
Pas plus tard que la semaine dernière, je me disais exactement mot pour mot ce que tu viens de dire, à savoir que j’ai déjà eu plusieurs vies dans une vie. J’ai eu celle jusqu’à ce qu’évidemment je quitte le cocon familial, puis lors de mes voyages. Je suis partie à l’âge de 20 ans et j’ai travaillé assez longtemps dans un bar. C’est là bas que j’ai commencé à mixer, mais je n’aurais jamais cru que 5 ou 6 ans plus tard je me lancerais franchement dans une carrière professionnelle en tant que DJ et productrice. C’était un vieux rêve que j’avais enfoui sous le tapis.. Et puis, il y a quand même eu une petite pause, un petit temps pour barouder en sac à dos.
En Amérique du Sud ?
Oui… ça, c’était une autre vie aussi. Plus d’ouverture, d’accueil et de découvertes, qu’elles soient culturelles, de la nature… ou que ce soit la découverte de moi-même ! Quand on est en voyage seule, on a le temps de beaucoup réfléchir sur soi et de vivre pleinement les expériences que la vie nous offre. Et puis, il y a eu un moment d’épiphanie quand j’étais au Pérou où, là, je me suis dit : j’aimerais vraiment vivre une vie qui a du sens, au plus proche de ce que j’aime le plus au monde, qui est la musique. Et je suis rentrée vivre en France, à Paris, pour entamer une carrière et travailler dans le milieu, mais d’abord du côté des studios d’enregistrement et des labels.

Tu as entamé cette fameuse formation à Paris ?
Oui, c’est ça. J’ai fait un Master dans l’industrie culturelle et musicale, puis mes premières expériences en label et ensuite en studio d’enregistrement. J’ai rencontré énormément d’artistes qui venaient pour enregistrer des albums, qui m’ont partagé leurs expériences, leurs difficultés, leurs rêves. Ça m’a beaucoup inspirée pour la suite et ça m’a même aidée à me lancer moi-même.
Je rebondis par rapport à l’Amérique du Sud. En préparant l’interview, j’ai lu que le reggaeton n’était pas forcément ta tasse de thé mais qu’à force d’en écouter, c’est comme si tu t’étais imprégnée de ce style de musique. Et que, par la suite, c’est comme s’il t’avait légèrement habitée.
C’est la première fois de ma vie que je vivais un changement interne en pleine conscience. J’étais vraiment campée sur mes préjugés et mes positions de ne pas aimer tel genre ou d’aimer telle chose, et de me représenter ma personnalité et ma personne d’une certaine manière. Et puis, en habitant assez longtemps quelque part, on absorbe en fait la vie, la culture, les autres et ça nous façonne. Ça change sa personnalité au plus profond de soi. Et donc, quand j’ai commencé à aimer le reggaeton. Je me suis un peu moquée de moi-même en me disant : « mais tu es trop bête ma fille de croire que tu es comme ci ». Mais en fait, tu peux être comme ça, et tout est possible.
C’est intéressant comme réflexion...
La vie est flexible, les égos sont flexibles. On est le produit de notre environnement, de notre éducation, mais on a quand même un peu de marge pour faire évoluer tout ça si on reste assez ouvert. Et c’étaient vraiment les discussions que j’avais avec moi-même pendant cette période. Heureusement, encore aujourd’hui, j’adore le reggaeton et j’adore plein de styles. J’en découvre à chaque fois des nouveaux. Je les aborde avec une certaine humilité et une ouverture d’esprit que je n’avais pas plus jeune. C’est pour ça que j’ai beaucoup de mal avec les gens qui sont très dans la haine de tout : « je déteste ci, je déteste ça ». Je ne me bats pas, je ne rentre pas en débat avec eux parce que j’ai souvent la flemme. Justement, sur ça, j’ai un avis négatif sur ce genre de position et de comportement parce que c’est un peu puriste, et ça nuit à tout un chacun d’être qui il est… et de faire comme il veut, comme il en a envie.

Tu es, de ce que j’ai pu lire, cofondatrice d’une association et d’un label. Tu as aussi fait beaucoup de choses, que ce soit pour le féminisme et les femmes, et tu as une fibre écologique. Est-ce que tu aurais d’autres projets à mettre en avant ou que tu voudrais lancer ces prochains mois, ces prochaines années ?
Il y a en a un que l’on vient de lancer il y a quelques mois avec Marge, une artiste de Bordeaux qui s’appelle Track One. C’est un projet d’apprentissage, d’initiation à la production sur Ableton pour personnes Flinta. C’est un sujet qui me tenait beaucoup à cœur parce que j’aime beaucoup transmettre. En fait, je crois beaucoup en la transmission ; je pense que c’est la clé du monde, comment il avance, et je voulais y contribuer en transmettant mon savoir. Et donc ça, c’est déjà un tout nouveau projet qui demande beaucoup d’investissement, de travail, et on est à fond dessus avec Marge. Pour l’instant, je ne vais pas en lancer d’autres parce que celui-là, on a envie de vraiment bien le faire. On est déjà en partenariat avec Ableton, qui nous soutient aussi. J’ai tendance à vouloir faire beaucoup de choses et aller partout, j’ai donc préféré me recentrer, que ce soit avec notre collectif GOGO GREEN, qui s’est transformé peu à peu en label de musique, ou notre tournée à vélo Bike to Basics, qui reviendra l’année prochaine.
Tu parles de Bike to Basics. Cétait un projet un peu farfelu, mais beau et militant par ailleurs. Ça fait un moment que vous y êtes toutes les années, à part cette année avec la tournée, et vous y revenez l’année prochaine. Est-ce qu’il y a un souvenir ou des souvenirs qui t’ont vraiment marquée par rapport à ce projet ?
Bike to Basics, c’est un festival itinérant. On se déplace de Bordeaux jusqu’au Pays basque à vélo. Le public est invité à nous suivre : on dort, on campe avec lui et on fait la fête avec tout le monde. On était 4 personnes la première année, et puis on s’est retrouvées à près de 150 l’année dernière. Ce qui ressort chaque année de ce projet, et qui nous émeut au plus profond de nous-mêmes, ce sont les expériences de vie pendant cette tournée à vélo, les rencontres et les amitiés qui naissent et qui perdurent après la tournée. On vit comme une grande famille, on revient à des sensations d’adolescence, des moments de nostalgie de jeunesse, un peu d’insouciance et de rencontres sincères où on passe beaucoup de temps avec des inconnus. Et ça finit par devenir nos meilleurs potes. Je n’ai pas un souvenir en particulier mais en revanche, j’ai beaucoup de nouveaux amis, et ça, c’est quelque chose que je considère comme un peu « sans prix ». Je n’aurais pas forcément un seul évènement, mais c’est vraiment le tout qui apporte beaucoup de joie et de bonheur dans tout ça.
Ton petit rêve, ce serait d’avoir un potager, des animaux. La musique peut aider à faire grandir, que ce soient les humains, les légumes ou les plantes. Je crois que ça leur fait d’ailleurs plutôt du bien, selon certaines études. Est-ce que tu interagirais avec ton potager comme tu le fais avec ton public ?
Mon rêve dans ma vie en tant qu’humaine de passage, ce serait de vivre une vie vraiment peinarde à la campagne, au plus proche de la nature, d’un environnement dans lequel je puisse aller me balader et promener mon chien. J’aimerais beaucoup une belle maison avec un grand jardin et des animaux, et dans lequel je puisse aussi faire pousser mes légumes et mes fruits et que je puisse les manger. J’ai des rêves assez simples, et la musique est là pour servir ces rêves. Je n’y suis pas encore, mais je travaille dur pour. Il est certain que si j’avais tout cet espace pour moi, probablement que j’ouvrirais les fenêtres, je mettrais les enceintes et je me baladerais dans mon jardin pendant que j’écoute mes sets et mes productions, pour voir si vraiment je suis en phase avec ce que je joue et ce que je suis en train de produire et créer à ce moment-là. Effectivement, je pense que mes plantes et mes légumes pourraient en profiter, mais moi aussi du coup.
Est-ce qu’ils pourraient avoir une incidence sur ta musique ?
Déjà, quand je mange naturel, je me sens déjà beaucoup mieux et donc plus créative. Mais c’est sûr que si un jour je joue une musique et que ma tomate qui était verte devient immédiatement rouge, je pense que ça voudrait dire que je suis sur la bonne piste, probablement (rires).
Tu as un style de vie qui demande beaucoup d’énergie, ça peut être très drainant. Ça t’aide à te sentir plus vigoureuse, peut-être ?
Pour tout te dire, je sors d’un jeûne hydrique de 7 jours, donc je n’ai pas mangé pendant 7 jours. C’était dans le cadre d’un projet avec un groupe et des accompagnants. Ça me tenait aussi à cœur d’essayer ; j’en ai entendu que du bien, des effets sur le reset, la détox en profondeur du corps et même de l’esprit. Je mourais d’envie d’essayer, et ça a été le cas. C’étaitune expérience incroyable. J’ai déjà hâte de le refaire, parce que ce sont vraiment des moments où le corps et l’esprit sont extrêmement en phase avec ce que tu ressens au plus profond de toi. Je me sens tellement bien en ce moment, je dors hyper bien, mon niveau de stress est au plus bas. Pour la reprise alimentaire, il faut manger hyper naturel, donc en ce moment je suis au top.
Si je me souviens bien, tu as dit en interview que tu avais une hygiène de vie qui était irréprochable.
Alors, pas irréprochable : mais je fais des efforts. Un esprit sain dans un corps sain !
Féminisme, écologie, vélo et potager. Camille Doe est une artiste comme peu d’autres. Pour suivre son actualité, c’est direction son site officiel ou son compte Instagram (@camilledoe_). Et évidemment sur les plateformes de streaming !








